Pourquoi est-il si difficile de trouver un médecin traitant aujourd’hui ?

Trouver un médecin traitant devient, ces dernières années, une véritable difficulté sur beaucoup de territoires, y compris dans l’Ain et ses environs. Selon un rapport 2023 de la Drees (drees.solidarites-sante.gouv.fr), 6,7 millions de Français n’ont pas de médecin traitant déclaré, et parmi eux, la moitié sont des personnes âgées de 60 ans ou plus.

  • Diminution du nombre de médecins généralistes : Entre 2012 et 2022, la France a perdu près de 7 000 généralistes, un chiffre fortement ressentis dans les zones rurales ou semi-rurales.
  • Départs en retraite non remplacés : D’après le Conseil National de l’Ordre des Médecins, 27 % des généralistes avaient plus de 60 ans en 2021.
  • Charge de travail accrue : Beaucoup de médecins limitent le nombre de patients, voire arrêtent d’accepter de nouveaux suivis.

Pour les seniors, la situation est d'autant plus préoccupante que, selon l’Assurance Maladie, 86 % des plus de 70 ans consultent chaque année au moins un médecin généraliste. La présence d’un médecin traitant facilite le suivi des maladies chroniques, la prévention, la coordination des soins et l’accès à certains remboursements.

Que risque-t-on sans médecin traitant ?

  • Perte de continuité dans le suivi médical : dossiers éclatés, absence d’interlocuteur fixe pour la prévention et la coordination des soins
  • Remboursements minorés : hors parcours de soins coordonné, la part remboursée par la Sécurité sociale tombe de 70 % à 30 % sur la plupart des consultations.
  • Difficulté d’accès à certains spécialistes : plusieurs spécialistes demandent le nom du médecin traitant pour prendre un rendez-vous.

Pour éviter ces situations, mieux vaut ne pas attendre d’être malade ou d’avoir besoin d’un document administratif pour se mettre en recherche.

Comment commencer sa recherche d’un médecin traitant ?

1. Dresser la liste des cabinets médicaux proches

  • Les pages jaunes et sante.fr recensent les cabinets par commune ou code postal.
  • Les sites des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) mentionnent parfois les possibilités de prise en charge des nouveaux patients.

2. Prendre contact par téléphone ou directement sur place

  • Expliquer que l’on est sans médecin traitant, préciser sa situation (âge, pathologie chronique le cas échéant).
  • Éviter, si possible, les heures d’affluence (10h-12h ou 14h-16h sont souvent plus calmes).
  • Accepter, si cela est proposé, une consultation "de rencontre" : elle peut permettre au médecin comme au patient de voir si un suivi est envisageable.

3. Ne pas hésiter à élargir sa recherche

  • Tester les communes voisines : dans l’Ain, entre 2015 et 2022, on a constaté que les "médecins frontières" prenaient parfois plus facilement des patients hors commune (source : ARS Auvergne Rhône-Alpes).
  • Se renseigner auprès des maisons de santé pluridisciplinaires et centres municipaux de santé.

D’autres pistes alternatives pour trouver un médecin quand la liste classique ne donne rien

Les dispositifs d’accompagnement de l’Assurance Maladie

  • Le service d’accompagnement à la recherche de médecin traitant : Dans chaque département, l’Assurance Maladie propose une aide aux personnes de plus de 17 ans n’ayant pas de médecin traitant, avec un traitement prioritaire pour les plus de 70 ans ou en ALD (affection longue durée). Il faut contacter sa caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), par téléphone, courrier ou sur ameli.fr (via la messagerie du compte).
  • En 2023, dans l’Ain, plus de 1200 situations de seniors ont été traitées de cette façon, aboutissant à une solution dans 60 % des cas (source : CPAM de l’Ain).

Les Centres de Santé et Maisons de Santé Pluridisciplinaires

  • De plus en plus nombreux, ils fonctionnent souvent avec plusieurs médecins et acceptent plus facilement de nouveaux patients, même sans rendez-vous préalable. Certains proposent des permanences.
  • Certains accueillent prioritairement les personnes âgées ou en situation de vulnérabilité sociale.

La visite à domicile organisée par le service d’accès aux soins (SAS)

  • Dans plusieurs territoires expérimentaux, un appel au 15 ou au 116 117 (numéro de la permanence de soins) peut permettre à un médecin régulateur de programmer une visite à domicile pour les situations urgentes ou pour aider à la recherche de médecin.
  • Cette solution reste à réserver aux situations d’impasse ou de dégradation de l’état de santé.

La téléconsultation comme solution intermédiaire

  • En l’absence d’un médecin traitant en présentiel, il est parfois possible de s’inscrire auprès de plateformes de téléconsultation (ex : MaQuestionMedicale, Livi, Qare) et d’y déclarer temporairement un médecin traitant. Ce dispositif n'est pas optimal à long terme mais peut dépanner pour des renouvellements ou des urgences simples.
  • Certains espaces de téléconsultation sont maintenant accessibles en quartiers ruraux (pharmacies, mairies équipées).

Réseau local et solidarité : des ressources insoupçonnées

Parfois, les relations de voisinage, la famille ou même le pharmacien de quartier peuvent être d’un grand secours. Voici quelques pistes concrètes à ne pas négliger :

  • Demander au pharmacien, à l’infirmier ou à l’aide à domicile : Ils connaissent souvent les praticiens susceptibles d’accepter encore quelques nouveaux patients.
  • Se renseigner auprès de l’Association des Maires de l’Ain : Certaines communes organisent des journées de rencontre ou des solutions de transport pour aller consulter dans les villages alentours.
  • Participer aux forums santé seniors locaux : Annoncés notamment par les CCAS, ils sont l'occasion de rencontrer des professionnels susceptibles d’orienter ou d’accepter des suivis pour des seniors isolés.

Que faire si aucun généraliste n’est disponible ?

Faire valoir ses droits auprès de l’Assurance Maladie

  • En dernier recours, la CPAM dispose d’un pouvoir d’interpellation sur les médecins du secteur public ou privé, invitant ces derniers à accueillir une partie des cas les plus fragiles (article L.162-5-3 du Code de la Sécurité sociale).
  • Il faut absolument signaler à la CPAM toute difficulté durable, soit par le site ameli.fr, soit par courrier recommandé.

Les droits en cas de situation médicale urgente ou de longue durée

  • Accès au spécialiste : En cas de pathologie lourde ou ALD, un courrier de la CPAM permet parfois, sur justificatif, d’accéder à des spécialistes sans avoir de médecin traitant déclaré. Renseignez-vous auprès de votre caisse.
  • Hôpital : Les centres hospitaliers ont l’obligation de prendre en charge les patients sans exclusivité pour une situation de soins urgente ou chronique.

Prévenir la perte de suivi : conseils pour la suite

  • Anticiper, surtout si son médecin part en retraite prochainement : demander conseils sur d’éventuels successeurs et prendre contact tôt.
  • Organiser ses papiers médicaux : tenir à jour un dossier santé (carnet, dossier communicant, application MonEspaceSanté) facilite la recherche et la présentation à un futur médecin traitant.
  • Informer son entourage des démarches en cours, cela multiplie les relais et les chances de trouver une solution.
  • Participer à la vie locale (ateliers santé, groupes de parole, seniors clubs), car les réseaux d’entraide sont souvent les premiers à être au courant de nouvelles installations médicales ou départs.

Outils pratiques et ressources numériques

  • Annuaire santé.fr : pour consulter les disponibilités, spécialités et informations complètes sur chaque praticien de votre secteur.
  • Ameli.fr : portail de l’Assurance Maladie pour démarches et contact avec la CPAM.
  • France Assos Santé : association défendant les droits des usagers, bon relais pour faire valoir ses droits en cas de difficulté lourde.
  • La maison France services la plus proche : pour un accompagnement physique aux démarches de recherche et prise de contact.

Derniers conseils pour rester acteur de sa santé à tout âge

Les difficultés d’accès au médecin traitant sont réelles et concernent aujourd’hui des dizaines de milliers de seniors, tout particulièrement dans nos territoires ruraux et périurbains. Pourtant, il existe des solutions et des relais, même face à la pénurie. En multipliant les démarches, en faisant jouer les réseaux locaux et en s’appuyant sur les dispositifs spécifiques pour les seniors, la majorité des situations trouvent une issue, même si le délai peut varier d’une commune à l’autre.

Ne jamais hésiter à solliciter accompagnement et soutien auprès d’une assistante sociale, de la mairie ou des associations de santé, c’est une démarche légitime et bien comprise face aux enjeux du vieillissement. Ainsi, chacun peut préserver un parcours de soins digne, respectueux et adapté à ses besoins.

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