En cessation de paiement, le chantier médiéval de Montcornelles se cherche une nouvelle voie

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L’aventure du chantier médiéval de Montcornelles, sur le plateau d’Hauteville, est aujourd’hui à un tournant de son existence. La Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), dans lequel s’inscrit le cadre juridique du chantier, vient d’être déclarée en cessation de paiement auprès du tribunal de commerce de Bourg-en-Bresse. Les comptes sont à sec et ne permettent plus d’honorer les salaires et de payer les fournisseurs. Les collectivités impliquées dans la société coopérative vont maintenant devoir s’entendre et mettre la main à la poche pour sauver et relancer ce projet qui semble pourtant démontrer son potentiel d’attractivité.


La nouvelle est tombée comme un couperet en milieu de semaine dernière. Mais elle n’est finalement que la suite logique d’une situation dégradée, au sujet de laquelle la plupart des actionnaires et salariés étaient alertés déjà depuis plusieurs semaines. La Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC), créée en 2017 afin de regrouper sous une forme juridique l’ensemble des partenaires privés et publics impliqués dans le projet, a vu ses comptes s’enfoncer petit à petit, jusqu’à atteindre fin 2021, le point de rupture. Dans l’impossibilité désormais de payer la quinzaine de salariés et les fournisseurs, la SCIC “Chantier médiéval du Bugey”, face au mur, n’avait donc plus d’autre solution que de se déclarer en cessation de paiement. “Des problèmes tant structurels que conjoncturels nous ont amenés jusqu’à ce point” explique le président directeur général de la SCIC et maire d’Aranc, Daniel Mathieu. Une décision “douloureuse” mais “inévitable” estime-t-il. Un coup dur pour ce fabuleux projet de chantier de construction d’une cité médiévale sur le plateau d’Hauteville, qui a pourtant attiré près de 15.000 visiteurs en 2021. Mais c’était insuffisant, il en aurait sans doute fallu le double pour trouver au moins un équilibre financier. Une météo désastreuse l’an dernier, mais surtout la crise sanitaire et ses restrictions, ont stoppé net tous les espoirs de poursuivre l’aventure sur le chemin tracé par Régis Navarro, initiateur du projet depuis plus d’une dizaine d’années déjà. Ce dernier le déplore évidemment, tout en gardant une foi inébranlable dans les possibilités de cette épopée à la fois humaine, historique et économique : “Je crois qu’il faut se rendre à l’évidence. La SCIC était à bout de souffle, après deux ans de Covid notamment. C’était sans doute le pire des scénarios et le plus imprévisible qui puisse arriver à ce projet. Mais si l’épidémie a été très pénalisante sur la fréquentation, la situation relève aussi sans doute de problèmes structurels plus profonds qui nécessitaient de s’adapter à l’évolution du site et de ses ambitions. Je ne considère pas la gestion coopérative comme un échec total. Elle aura eu le mérite d’avoir impulsé un élan collectif qui a sans doute permis d’atteindre un palier, de mettre le chantier sur les rails. Mais maintenant il faudra impérativement des consolidations financières et davantage d’engagement des collectivités ou partenaires privés pour que tout cela puisse perdurer”.
Car si la cessation de paiement est désormais actée, et que l’affaire était jugée en audience ce mercredi 19 janvier, personne, parmi les acteurs associés au projet, n’imagine aujourd’hui l’arrêt brutal et définitif du chantier. “Cette procédure sera interrompue par les trois collectivités associées de la SCIC qui se sont engagées à proposer un projet de reprise de l’activité” indique, en effet, Daniel Mathieu, confirmant que malgré tout, “le chantier médiéval de Montcornelles pourra donc continuer à exister et à accueillir des visiteurs…”. Ces trois principales collectivités partenaires que sont le Département de l’Ain, Haut-Bugey Agglomération et la mairie d’Aranc, devront donc mettre la main à la poche et parvenir surtout à s’entendre sur la vision qu’elles ont de l’avenir de ce site. Il leur faudra également concilier avec le créateur de cet espace Régis Navarro et l’association Coraterie médiévale du Bugey, ainsi qu’avec les différents actionnaires privés de la SCIC et les entreprises et salariés concernés. Plusieurs pistes sont d’ores et déjà évoquées, comme la possible création d’une société d’économie mixte (SEM) ou d’un groupement d’intérêt public (GIP). “Je suis le premier désolé de cette situation. Quoi qu’il en soit, en tant que créateur et avec tous ceux qui m’ont suivi depuis le début, je resterai attentif, ainsi que les salariés, à la mutation pour que la poursuite du projet reste respectueuse sur ce qui a été engagé collectivement. Si les collectivités s’entendent, il n’y a aucun doute désormais que cela fonctionnera. Avec le temps, on a vraiment perçu la pertinence de ce projet. Avec déjà 35.000 visiteurs sur trois ans, alors que le chantier débute à peine et avec le fardeau de l’épidémie, je crois que ce qui a été accompli est tangible aujourd’hui. Maintenant il faudra se donner les moyens pour poursuivre sur la bonne voie” conclut Régis Navarro. 

G. R.

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