Pourquoi renforcer son suivi médical après 60 ans ?

Les études convergent : en France, l’espérance de vie en bonne santé tourne autour de 64,6 ans pour les femmes et 63,7 ans pour les hommes (Insee, 2023). Passé 60 ans, les risques de maladies chroniques (hypertension, diabète, arthrose…), de troubles sensoriels (vue, audition) ou d’isolement augmentent. Pourtant, il existe une marge d’action importante grâce à la prévention et à la détection précoce.

Le suivi régulier permet :

  • d’agir vite en cas d’apparition de signaux faibles (fatigue, chutes, douleurs…)
  • de limiter l’impact des maladies chroniques et bien régler les traitements
  • de préserver sa qualité de vie et son autonomie
  • de bénéficier de conseils adaptés à son mode de vie et à ses besoins

Le médecin traitant : le chef d’orchestre incontournable

Le médecin généraliste est la première personne à consulter et à voir régulièrement, au minimum une fois par an à partir de 60 ans, même en l’absence de symptôme. Il joue un rôle pivot : suivi global, orientation vers des spécialistes si besoin, gestion des traitements, prévention (vaccins, nutrition, dépistage). Selon l’Assurance Maladie, près de 90% des plus de 65 ans consultent leur médecin généraliste chaque année (Ameli, 2022).

  • Il fait le lien avec les autres professionnels de santé (infirmiers, pharmaciens, spécialistes…)
  • Il évalue l’équilibre général : tension, poids, mobilité, humeur, sommeil
  • Il propose des dépistages adaptés à l’âge et au profil (cancers, cholestérol, diabète…)
  • Il analyse le renouvellement ou l’adaptation des ordonnances

Sans généraliste régulier, certains gestes essentiels passent inaperçus. Si vous n’avez pas de médecin traitant ou en cas de difficultés à trouver un rendez-vous, n’hésitez pas à solliciter votre caisse d’Assurance Maladie ou la Maison de Santé la plus proche.

Les spécialistes à consulter régulièrement après 60 ans

1. L’ophtalmologiste pour préserver la vue

La presbytie, la cataracte ou la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) touchent de nombreux seniors. Après 60 ans, il est conseillé de consulter un ophtalmologue tous les 2 ans (voire plus souvent en cas d’antécédents, de diabète, ou de troubles visuels).

  • Dépistage de la DMLA : 1ère cause de malvoyance après 65 ans
  • Contrôle du glaucome : maladie silencieuse, qui touche près de 1 million de Français, souvent sans symptôme au début (Institut du Glaucome, 2023)
  • Vérification de la tension oculaire et de l’état du cristallin (cataracte)

En France, près de 80% des plus de 65 ans portent des lunettes ou des lentilles (Baromètre de la santé visuelle de l’ASNAV, 2022).

2. Le dentiste : la santé bucco-dentaire, un pilier de l’autonomie

Trop souvent oubliés, les soins bucco-dentaires sont essentiels : infections de la bouche, chute de dents ou douleurs peuvent avoir un impact sur l’alimentation, l’élocution, la confiance en soi… et même majorer le risque de maladies cardiovasculaires. La Haute Autorité de Santé recommande une visite annuelle minimum au dentiste à partir de 60 ans, même sans douleur (HAS, actualisation 2021).

  • Dépistage des caries, détartrage, vérification des prothèses dentaires
  • Contrôle de la gencive (parodontite, premier facteur de perte de dents chez les seniors)
  • Conseils personnalisés pour l’hygiène buccale

Un constat : un senior sur trois déclare ne pas être allé chez le dentiste depuis plus de deux ans (Enquête UFSBD, 2022). Or, le maintien d’une bonne santé buccale réduit aussi le risque de dénutrition.

3. L’audioprothésiste et ORL : ne pas négliger l’audition

La presbyacousie (perte progressive de l’audition liée à l’âge) concerne 65% des plus de 65 ans. Consulter un ORL au moins tous les 3 à 5 ans est recommandé dès 60 ans ; plus fréquemment en cas de gêne ou d’antécédents familiaux, de bruit professionnel ou de troubles constatés par l’entourage.

  • Bilan auditif gratuit (souvent proposé lors des campagnes de prévention, en pharmacie…)
  • Proposition d’appareillage si besoin : depuis 2021, le « 100% santé audio » permet d’être équipé sans reste à charge, sous conditions (Assurance Maladie, réforme 100% Santé)
  • Vérification de l’état des prothèses auditives

Des difficultés à entendre ou suivre une conversation peuvent accélérer l’isolement social, nuire à la mémoire et même majorer le risque de déclin cognitif selon les études épidémiologiques (Lancet Public Health, 2020).

4. Le dermatologue : la peau, un organe sous surveillance

Avec l’âge, la peau devient plus fragile. Le risque de tumeurs cutanées (carcinomes, mélanomes), de lésions précancéreuses, mais aussi d’ulcérations ou d’infections augmente. Un contrôle tous les 2 ans chez le dermatologue est conseillé, et tous les ans si exposition solaire importante ou antécédents familiaux.

  • Dépistage des taches suspectes, grains de beauté, kératoses actiniques
  • Conseils en prévention solaire et sur les soins adaptés aux peaux matures
  • Repérage de plaies chroniques ou de maladies de peau fréquentes chez le senior (eczéma, prurit, etc.)

Les cancers de la peau sont les plus fréquents après 60 ans, mais un diagnostic précoce permet souvent une prise en charge simple et efficace (Institut National du Cancer).

5. Le cardiologue : prévenir AVC et troubles du rythme

L’hypertension, l’arythmie, l’insuffisance cardiaque ou les antécédents familiaux justifient une surveillance rapprochée. En l’absence de pathologie connue, une consultation tous les 2 à 5 ans chez le cardiologue permet un dépistage précoce ; la fréquence augmente si un facteur de risque est identifié par le médecin traitant.

  • ECG, mesure de la pression artérielle, contrôle du cholestérol
  • Dépistage de la fibrillation auriculaire (risque d’AVC multiplié par 5 après 65 ans, selon la Fédération Française de Cardiologie)
  • Évaluation de la capacité d’effort selon l’activité et les souhaits de chacun

En France, 70% des plus de 65 ans présentent au moins un facteur de risque cardiovasculaire important (Drees, 2022).

6. Le pharmacien : un allié de proximité

Le rôle du pharmacien évolue : il ne se contente plus de dispenser des médicaments. Il propose aujourd’hui des bilans partagés de médication, de conseils personnalisés, la vérification des interactions entre traitements, et même la vaccination antigrippale ou Covid. La visite régulière à son pharmacien de quartier, surtout en cas de polyprescriptions, est essentielle pour éviter erreurs, surdosages ou oublis.

  • Bilan de médication gratuit pour les plus de 65 ans sous plusieurs traitements (CNAM, 2023)
  • Conseils sur automédication, gestion des piluliers, remise à niveau des ordonnances
  • Orientation vers d’autres professionnels en cas de doute

Sans oublier : d’autres professionnels précieux

  • Le podologue : surveillance des pieds, prévention des chutes (tous les 1 à 2 ans) et soin des ongles surtout en cas de diabète
  • L’orthophoniste : rééducation après AVC, troubles de la déglutition, de la mémoire ou du langage
  • Le kinésithérapeute : maintien de la mobilité, prévention de la perte d’équilibre, accompagnement après chirurgie ou chute
  • Le psychologue ou psychogériatre : soutien en cas de mal-être, d’isolement, d’anxiété ou de troubles de mémoire
  • Le diététicien : bilan nutritionnel pour adapter l’alimentation aux besoins, prévention de la dénutrition (selon les régions, certains bilans sont remboursés)

Démarches pratiques : comment organiser et prioriser ses rendez-vous ?

  • Notez vos rendez-vous dans un agenda ou sur un calendrier familial
  • Regroupez, si possible, certains rendez-vous le même mois pour faciliter le suivi
  • Demandez à votre médecin traitant un “programme de suivi” personnalisé (bilan sanguin, dépistages, consultations annuelles…)
  • Pensez au tiers payant et aux aides financières (exégorie ALD, mutuelle)
  • Si vous êtes isolé, faites-vous accompagner par un proche, un aidant, ou contactez les dispositifs locaux d’accompagnement (CCAS, associations du secteur…)

Certaines plateformes permettent de prendre rendez-vous en ligne, d’accéder à son dossier médical partagé, de recevoir des rappels par SMS ou e-mail (ex : Doctolib, Mon espace santé).

Un suivi régulier, un investissement pour bien vieillir

La coordination entre professionnels de santé, la confiance dans ses interlocuteurs et la régularité des contrôles sont des atouts précieux pour déjouer de nombreux pièges du vieillissement : chute, isolement, perte d’autonomie, décompensation d’une maladie chronique. À partir de 60 ans, chaque contrôle compte et contribue à garder la main sur sa santé.

L’information, l’écoute, la prévention, le dialogue avec ses professionnels sont les clés pour traverser cette étape en toute sérénité, en profitant au maximum de l’expérience et de l’énergie que donne la soixantaine et au-delà.

Pour aller plus loin : n’hésitez pas à échanger avec d’autres seniors, à participer à des ateliers santé (souvent proposés en maison de retraite, club ou centre social de votre commune), ou à consulter les réseaux associatifs du Bugey et de la Côtière pour trouver un professionnel adapté à vos besoins.

Sources :

  • Insee : Espérance de vie sans incapacité, 2023
  • Ameli.fr : Les chiffres clés de la santé après 60 ans, 2022
  • Institut du Glaucome
  • Baromètre ASNAV 2022
  • Haute Autorité de Santé, 2021
  • Enquête UFSBD 2022
  • Lancet Public Health 2020
  • Institut National du Cancer
  • Fédération Française de Cardiologie
  • Drees “La santé et le recours aux soins des seniors” 2022
  • Assurance Maladie : Programme 100% santé, 2021
  • CNAM – Assurance Maladie, le bilan de médication partagé

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