Constat : le manque de médecins progresse en France, et dans nos territoires

Depuis plusieurs années, de nombreuses communes françaises, rurales comme périurbaines, voient leur nombre de médecins diminuer. Selon un rapport du Centre national des professions de santé (CNPS), plus de 11% de la population vit désormais dans une zone qualifiée de "sous-dense", où accéder à un généraliste relève parfois du parcours du combattant. D’après le ministère de la Santé, près de 6 millions de Français sont touchés par cette véritable désertification médicale (source : DREES, "Les déserts médicaux en France", 2023).

Ce phénomène ne touche pas uniquement les campagnes reculées : des villes moyennes et même certaines périphéries urbaines connaissent aussi ces difficultés. Dans l’Ain, département couvrant le Bugey et la Côtière, le problème s’accroît en raison du vieillissement de la population. Par exemple, dans la commune d’Ambérieu-en-Bugey, la densité médicale a baissé de 22% entre 2010 et 2022 (source : ARS Auvergne-Rhône-Alpes, 2022).

Pourquoi manque-t-on de médecins dans certaines communes ?

  • Départs en retraite non remplacés : 45% des médecins généralistes ont plus de 60 ans (source : CNOM 2023).
  • Difficulté d’attirer de jeunes confrères, surtout sans environnement médical ou social dynamique.
  • Vie quotidienne et charge administrative jugées trop lourdes dans le secteur libéral isolé.
  • Migrations vers les villes où l’offre de soins semble plus attractive.

Ce manque de médecins accroît le délai pour obtenir un rendez-vous, oblige parfois à se déplacer à plusieurs dizaines de kilomètres, et génère inquiétude et fatigue, surtout pour les personnes âgées et les aidants.

Quelles alternatives concrètes quand on n’a pas (ou plus) de médecin traitant ?

Face à cette réalité, plusieurs solutions existent, souvent complémentaires. Les associations, les pouvoirs publics, et parfois les citoyens eux-mêmes, s’organisent pour que chacun puisse continuer à se soigner dignement. Voici les principaux leviers à connaître :

La téléconsultation, une avancée qui peut soulager le quotidien

  • En maison de santé, en pharmacie ou à domicile : Depuis la crise du Covid-19, la téléconsultation est mieux remboursée et s’installe dans le quotidien. On compte désormais plus de 20 000 structures équipées pour accueillir des téléconsultations partout en France (source : Assurance maladie, 2023).
  • Avantages pour les seniors : Beaucoup de personnes âgées hésitent à utiliser ce service, mais il existe souvent un accompagnement (médiateur, pharmacien, infirmier, ou même un élu local le temps de la prise de rendez-vous).
  • Dans l’Ain : La ville de Meximieux, par exemple, propose depuis 2021 un accès à la téléconsultation via l’espace France Services et dans certaines pharmacies affiliées.

Les maisons de santé pluriprofessionnelles : mutualiser les moyens

  • Maillage du territoire : Ces structures réunissent médecins, infirmiers, kinés, parfois psychologues ou dentistes. Dans l’Ain, le nombre de maisons de santé a été multiplié par deux entre 2015 et 2022 (source : ARS).
  • Offre de soins coordonnée : Même en cas de pénurie, on peut souvent y rencontrer un professionnel intervenant ponctuellement (remplaçant, médecin spécialisé, permanences d’infirmiers pour renouveler des traitements, etc.).
  • Accès facilité pour les publics fragiles : Bon nombre de structures organisent aussi des plages horaires dédiées aux personnes âgées ou dépendantes, voire des déplacements à domicile.

Le recours à la permanence des soins et aux consultations sans rendez-vous

  • Centres de santé, communes voisines ou associations de médecins : ils proposent parfois des « créneaux patients sans médecin traitant ». Renseignez-vous auprès de votre mairie ou pharmacie pour connaître la liste actualisée.
  • Numéro national 116 117 (médecin de garde): Ce numéro unique permet la mise en relation avec les médecins de garde en dehors des heures d'ouverture des cabinets classiques.

Les rôles-clés des infirmiers, pharmaciens et auxiliaires de soins

Professionnel Actions possibles Exemple concret dans l’Ain
Infirmier(ère)s Surveillance, renouvellement de traitements, suivi de maladies chroniques, pansements, coordination Permanences dédiées à Belley et Ambérieu pour renouveler certains ordonnances sur présentation d’une ordonnance antérieure
Pharmaciens Vaccinations, adaptation de traitements, conseils sur les petits maux, orientation vers les services adaptés Campagnes de vaccination antigrippale en pharmacie depuis 2019, pratiques étendues au Covid et rappel du DTP
Sages-femmes Consultations gynécologiques régulières, suivi prénatal, contraception Permanence mensuelle dans certaines MSP de la Côtière

La loi « Ségur de la Santé » de 2021 leur permet d’effectuer de plus en plus d’actes, notamment pour pallier l’absence temporaire d’un médecin.

Les réseaux d’entraide et dispositifs d’accès aux soins pour les publics isolés

L’action des élus et des CCAS

  • Certaines communes, via leur Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), mettent en place des navettes pour transporter les personnes âgées vers les cabinets médicaux ou les laboratoires du secteur.
  • Pensez à vous signaler en mairie si vous n’arrivez pas à avoir de rendez-vous, notamment pour les renouvellements de traitement ou la gestion d’un handicap : cela facilite la mobilisation de dispositifs adaptés.

L’importance des aides administratives : L’Assurance maladie peut aider !

  • Depuis juillet 2022, lorsque vous n’avez plus de médecin traitant suite à un départ ou un décès, contactez le 36 46 ou rendez vous sur Ameli.fr.
    • L’Assurance maladie dispose d’agents spécialement formés pour aider à (re)trouver un praticien et peut aussi intervenir pour faciliter la prise en charge de soins non programmés (source : CPAM de l’Ain).

Prévenir et agir collectivement : des solutions innovantes dans les territoires

Favoriser l’installation de médecins : comment les communes s’impliquent

  • Près de 2 000 communes françaises proposent désormais des incitations : logement gratuit, exonération de charges, création d’un cabinet médical clé en main (source : Association des Maires de France, 2023).
  • Des jumelages entre zones rurales et urbaines, des temps partagés organisés avec des hôpitaux, et des relais entre médecins retraités et jeunes diplômés se développent, comme à Saint-Rambert-en-Bugey où chaque nouvel arrivant bénéficie d’un parrainage professionnel local.

Des médecins salariés : une alternative rassurante ?

  • Certaines collectivités créent leur propre « centre municipal de santé », avec des médecins salariés, libérés en partie de la pression administrative ou financière du libéral. Cela séduit un nouvel public de professionnels, et contribue à maintenir une présence médicale pérenne sur le territoire.

Programmes d’accompagnement pour le bien vieillir en santé

  • Des actions dans les territoires contre l’isolement, menées par des associations ou réseaux d’aidants, proposent des ateliers prévention santé, des séances d’activité physique adaptée, ou encore des formations pour bien gérer ses rendez-vous à distance.
  • La mobilisation « Maison Sport Santé » (labellisée par l’État) propose à Meximieux et à Ambérieu des bilans personnalisés pour favoriser la prévention, l’autonomie, et la santé au long cours (source : Direction Régionale Jeunesse et Sports, Auvergne-Rhône-Alpes).

Des démarches à ne pas négliger pour rester acteur de sa santé

Être informé, c’est aussi pouvoir anticiper et s’organiser au mieux pour sa santé. Voici quelques conseils clés :

  • Oser pousser la porte : N’attendez pas d’être en situation d’urgence pour signaler un besoin médical ou administratif – les intervenants locaux (pharmaciens, élus, médiateurs santé, CCAS) sont souvent moteurs pour orienter ou réunir les ressources nécessaires.
  • Assurer le renouvellement de ses traitements : Prévoir avec plusieurs semaines d’avance les démarches nécessaires au renouvellement d’ordonnances et tenir à jour son dossier médical partagé (DMP) en ligne ou sur papier.
  • Miser sur la prévention : Vaccinations, bilans de santé réguliers avec les professionnels disponibles, participation à des ateliers ou conférences santé organisées localement.
  • Créer du lien : Plus on partage avec son entourage (famille, voisins, associations), plus il est facile de rebondir face à des blocages ou d’obtenir une aide ponctuelle (transport, accompagnement, rappel des démarches, etc.).

Quand le manque de médecins mobilise la société tout entière

À l’heure où le défi du manque de médecins touche de plus en plus de Français, chaque territoire invente ses propres solutions, en associant professionnels de santé, élus, familles et personnes concernées. À défaut de pouvoir toujours revenir à une situation idéale à court terme, ces réponses témoignent d’une solidarité concrète et d’innovations inspirantes. S’informer, s’entourer et oser demander de l’aide restent les clés pour continuer à bien vivre chez soi, même face aux difficultés d’accès aux soins.

Pour des informations actualisées sur votre secteur ou des besoins spécifiques, les sites institutionnels (Assurance maladie, ARS, ordres professionnels), votre mairie ou le CCAS, et les réseaux associatifs locaux restent d'excellentes portes d’entrée.

Enfin, n’hésitez pas à partager en retour vos expériences : les solutions de demain naissent souvent des besoins d’aujourd’hui !

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