La salamandre, cet animal légendaire qui vit dans les forêts de l’Ain

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Elle fait l’objet de nombreux mythes avec son profil de petit dragon. Animal emblématique de François Ier, déjà légendaire dans la Rome antique, la salamandre est une espèce en voie de raréfaction, et bénéficie aujourd’hui du statut d’espèce protégée dans la plupart des pays d’Europe. Dans l’Ain, si ses effectifs ne cessent de diminuer, on peut cependant encore observer fréquemment, à la faveur de l’humidité automnale, le manège ce petit amphibien aux couleurs très caractéristiques et aux capacités de régénération presque surréalistes.

 » S’il lui manque une patte, même un œil ou presque n’importe lequel de ses membres, la salamandre peut le faire repousser” explique Alexandre Roux, chargé d’études biodiversité au sein de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), à Pont-d’Ain. Cette faculté lui est permise grâce à la reprogrammation de cellules, qui après avoir perdu leurs fonctions d’origine vont se spécialiser de nouveau, afin de recréer le membre perdu. Le ton est donc donné. La salamandre tachetée, petit amphibien de nos contrées, n’est pas tout à fait un animal comme les autres. Son aspect, qui lui donne des allures de petit dragon, en a fait depuis très longtemps une espèce rentrée dans la mythologie. Dès la Rome antique, Pline l’ancien disait même de cet animal qu’il avait le pouvoir d’éteindre le feu. Un peu plus tard, Aristote enseigna à peu près la même chose et François Ier en fit son emblème, au château de Chambord notamment, avec toujours ce rapport au feu et pour devise, “Nutrisco et Extinguo”, qui signifie “Je me nourris du bon feu, j’éteins le mauvais”.
Pourtant, la vie de la salamandre est directement liée au milieu aquatique. C’est un animal à sang-froid, ce qui pourrait peut-être expliquer qu’on lui prêtait le pouvoir de traverser le feu sans dommages.
De façon plus pragmatique, Alexandre Roux estime aussi que cette légende qui persiste encore dans certaines campagnes, peut avoir une explication bien plus simple : “C’est souvent parce que les agriculteurs en mettant le feu à des taillis, voient les salamandres qui pouvaient y être réfugiées déguerpir aussitôt”.

Adulte, la salamandre n’a pas vraiment de prédateurs… Sauf l’homme
et ses activités


Exit donc, la légende de la salamandre coupeuse de feu, même si elle contribue encore aujourd’hui à en faire une espèce fabuleuse. Mais il n’y a évidemment pas que cela, puisque la salamandre est dépourvue d’oreilles, respire par la peau et peut vivre parfois jusqu’à 25 ans. Et surtout, son aspect, à commencer par ce jaune vif qui tranche sur sa peau noire, la rend complètement insolite sous nos contrées. En fait, si certains animaux ont davantage besoin de se camoufler pour survivre, pour la salamandre, c’est l’inverse. Sa couleur indique immédiatement à ses éventuels ennemis son caractère toxique. Elle peut donc s’offrir le luxe d’être bien visible à la saison des amours et n’a pas vraiment de prédateur à l’âge adulte… à part l’homme évidemment. À tel point que, menacée de disparition, elle a dû être classée en espèce protégée : “La salamandre est clairement en perte de vitesse, ses effectifs diminuent depuis des années déjà. Elle est très menacée par l’urbanisation, la disparition de zones boisées humides, l’activité humaine en général et l’usage de l’automobile aussi…” explique Alexandre Roux.
Il est donc évidemment interdit de l’éliminer, mais également de la déranger sciemment dans son habitat ou de tenter de la toucher. Tant pis d’ailleurs pour ceux qui voudraient quand même s’y aventurer, puisque sa peau possède un fort pouvoir urticant, pourvue de glandes sécrétant une fine couche de mucus empoisonné. “Mais hormis cela, c’est un animal qui reste complètement inoffensif, il ne mord pas et il se nourrit de petits invertébrés, des insectes décomposeurs et principalement vers de terre”, précise bien l’expert en biodiversité, qui s’évertue à participer à la préservation de l’espèce en la démystifiant auprès du grand public, mais aussi en identifiant les facteurs qui lui portent atteinte. Malheureusement, sur certaines routes du département de l’Ain, c’est une véritable hécatombe : “Les salamandres sont particulièrement victimes d’écrasement car les routes sont souvent au cœur de leur espace de vie. Nous avons identifié plusieurs routes ou la salamandre est particulièrement exposée, vers Montluel, Beynost, Vaux-en-Bugey ou encore St-Sorlin”. Leur mode de reproduction les expose tragiquement, car pour faire valoir leurs atouts colorés, les mâles se placent volontiers au beau milieu des routes en espérant être bien visibles des femelles. Alexandre Roux s’apprête donc à organiser à la fin de ce mois d’octobre, et début novembre, plusieurs sorties sur le terrain à la découverte de dame Salamandre. Ce sera alors la pleine période d’accouplement de cet animal, qui présente encore une autre petite particularité : celle de se reproduire à l’automne pour certains spécimens et au printemps pour d’autres.

G.R.

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