Pourquoi préparer sa consultation médicale quand on a des traitements ?

Quand les traitements s’accumulent, la communication avec les professionnels de santé devient primordiale. Selon une étude de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), près de 150 000 hospitalisations en France chaque année seraient dues à des effets indésirables liés aux médicaments : un chiffre impressionnant, et souvent lié à une mauvaise information ou une incompréhension lors des rendez-vous médicaux (ANSM). Une bonne préparation permet :

  • De ne rien oublier d’important à signaler sur son état de santé ou ses traitements.
  • D’éviter les erreurs, confusions ou interactions médicamenteuses.
  • D’optimiser le temps du rendez-vous.
  • De participer activement à sa prise en charge médicale.

Anticiper la consultation : la liste à ne pas oublier

1. Préparer son « kit » du patient 

  • Liste actualisée de vos médicaments : notez précisément tous les médicaments, même ceux sans ordonnance, compléments alimentaires, plantes ou huiles essentielles. Indiquez les dosages, les horaires de prise, et la raison pour laquelle chaque médicament vous a été prescrit. L’Assurance Maladie propose une fiche gratuite à imprimer à cet effet (Télécharger la fiche).
  • Ordonnances en cours et anciennes (si possible) : parfois, certains traitements s’arrêtent, d’autres sont simplement remplacés. Garder l'historique aide à comprendre ce qui a été modifié.
  • Résultats d’examens récents : prises de sang, IRM, radiographies, ou toute lettre médicale importante reçue depuis la dernière visite.
  • Votre carte Vitale, CMU ou autre attestation de droits à jour.
  • Un carnet ou une fiche pour noter les questions et les réponses.

2. Mettre à jour ses informations de santé

  • Notez tous les nouveaux symptômes ou éventuels effets indésirables rencontrés depuis la dernière visite. Par exemple, un malaise, une chute, des boutons, une fatigue inhabituelle, même si cela ne vous semble pas directement lié à votre traitement.
  • Pensez à signaler tout changement (déménagement, perte de poids, modification du régime alimentaire, nouvelle activité physique, entrée en institution, etc.).
  • N’oubliez pas de faire mention de votre histoire médicale familiale, en particulier si un nouveau diagnostic figure chez un proche (cancer, diabète, maladie cardiaque…).

Communiquer efficacement avec le médecin

Le temps d’échange moyen lors d’une consultation chez un médecin généraliste est de 15 minutes en France (source : Drees, 2021). Une préparation structurée, même rapide, peut faire toute la différence pour aborder les points essentiels.

Structurer ce que l’on veut dire

  1. Présentez d’abord les motifs du rendez-vous  : une phrase suffit (« renouvellement », « bilan annuel », « problème/douleur spécifique », etc.).
  2. Listez vos questions ou doutes : Écrivez-les et cochez-les pendant la consultation pour ne rien oublier. Osez poser même ce qui vous paraît “bête” ; ce sont souvent des questions partagées par d’autres.
  3. Parlez des changements récents : symptômes neufs, difficultés à prendre un médicament (goût, déglutition, effets secondaires, oubli fréquent, etc.).
  4. Signalez vos habitudes : automédication, prise de remèdes naturels, régime particulier… tout compte !

Ce qu’il est important de vérifier explicitement

  • Demandez si vos traitements sont toujours justifiés et si certains peuvent être allégés ou remplacés par des alternatives (activité physique, alimentation…).
  • Demandez si de nouvelles interactions médicamenteuses sont possibles du fait d’un nouveau traitement.
  • Veillez à bien demander la durée du traitement, et ce qu’il faut faire en cas d’oubli ou de symptômes inhabituels.
  • Si vous ne comprenez pas une explication, demandez à votre médecin de reformuler ou d’illustrer par exemple, avec un schéma.

Anticiper les moments clés de la consultation

Avant d’entrer dans le cabinet

  • Relire sa liste de questions et de traitements, pour les avoir en tête.
  • Garder vos documents accessibles (sac ou pochette).
  • Pensez à un objet ou une photo pour vous aider à expliquer (par exemple, une boîte de comprimé difficile à ouvrir ; une photo d’un effet secondaire observé…).

Pendant la consultation

  • Utiliser votre fiche ou carnet de questions pour cocher au fur et à mesure : cela rassure et donne le sentiment d’avoir bien préparé.
  • N’oubliez pas de demander un schéma ou une fiche explicative si le médecin commence un nouveau traitement ou modifie un dosage.
  • Parlez ouvertement de vos habitudes de vie : certaines habitudes ont de l’impact sur l’efficacité du traitement (alcool, alimentation, repos, etc.).

Après la consultation

  • Relire ce qui a été noté pendant la consultation.
  • Demandez si besoin une fiche de synthèse à votre médecin (certains logiciels médicaux le proposent ; ils peuvent, sur demande, imprimer un récapitulatif de la visite et des traitements).
  • Mettez à jour dès que possible votre dossier ou carnet de santé, y compris le Dossier Médical Partagé (DMP), qui centralise les informations médicales importantes et peut être partagé avec d’autres professionnels de santé (monespacesante.fr).

Faire face à la polymédication : points de vigilance spécifiques

La polymédication (plus de 5 médicaments pris quotidiennement), fréquente chez les seniors, expose à des risques particuliers : interactions, oublis, confusion dans les dosages, surdosages ou, au contraire, prises incomplètes. Selon l’INSEE, près de 40 % des seniors reconnaissent manquer parfois une prise de médicament (INSEE, 2020).

Identifier les signes d’alerte

  • Sensation d’être “dans le brouillard” après une nouvelle ordonnance ;
  • Chutes récentes ou étourdissements sans raison claire ;
  • Apparition de nouveaux symptômes dans les jours ou semaines suivant une modification de traitement ;
  • Retours réguliers à la pharmacie pour la même ordonnance ;
  • Troubles digestifs, maux de tête, ou somnolence inhabituels.

Solliciter son pharmacien

  • Acheter tous ses médicaments dans la même pharmacie : cela permet au pharmacien de surveiller les interactions éventuelles entre médicaments.
  • Demandez un bilan partagé de médication – dispositif accessible aux personnes polymédiquées, qui permet de faire le point avec le pharmacien sur la pertinence et la compréhension du traitement (ameli.fr : Bilan partagé de médication).
  • Faire des piluliers : cela diminue de moitié les oublis (étude : “Pharmacy Practice”, 2019).

Inclure son entourage

Un proche aidant ou un membre de la famille peut accompagner le patient, relire avec lui l’ordonnance, ou aider à rappeler les horaires de prise. Les études montrent que 25 % des personnes âgées oublient au moins une fois par mois de prendre un médicament. Un soutien discret mais fréquent, même par téléphone ou via un agenda partagé, limite ce risque.

Des outils pour rendre la préparation plus simple

  • Applications et piluliers connectés : plusieurs applications mobiles permettent de photographier une ordonnance, de recevoir des rappels de prise, ou de tenir à jour une “carte de traitements” : c’est le cas de “Mes médicaments” (Assurance Maladie) ou “Gestion Pilulier”.
  • Fiches récapitulatives à imprimer : l’ANSM et l’Assurance Maladie proposent des modèles simples pour faire le point sur tous ses médicaments (listes sur Ameli.fr et ansm.sante.fr).
  • Dossier Médical Partagé (DMP) : centraliser ses documents sur cet espace numérique sécurisé, accessible au médecin traitant, simplifie la transmission de l’information.

Petites astuces qui font la différence

  • Arriver à l’heure au rendez-vous : prévoir 10 minutes d’avance évite le stress et permet de relire tranquillement ses questions.
  • Ne jamais hésiter à venir avec un proche : deux paires d’oreilles valent mieux qu’une, surtout pour s’assurer de bien comprendre les instructions.
  • Garder tous ses médicaments dans une trousse spéciale pour pouvoir les montrer au médecin lors du rendez-vous (surtout s’il n’a pas été prescrit tous les traitements).
  • Prendre des notes pendant la consultation ou demander à son médecin d’écrire les consignes principales sur une fiche.
  • Demander une fiche avec les pictogrammes si un médicament pose des difficultés d’utilisation (par exemple, risques au volant, interactions alimentaires spécifiques), les pharmaciens disposent souvent d’outils visuels très pratiques pour expliquer.

Vers une autonomie renforcée : la préparation, ça s’apprend !

Une consultation médicale bien préparée, surtout lorsque l’on suit plusieurs traitements, donne les meilleures chances d’un suivi optimal et évite bien des complications. Avec l’âge ou les difficultés de mémoire, la clarté et la simplicité deviennent des alliées précieuses. Chaque rendez-vous avec un professionnel de santé est une occasion de se (ré)approprier son traitement, et d’ajuster ses habitudes au fil de son évolution. En s’entourant des bons outils et en impliquant son entourage, il devient tout à fait possible de rester acteur de sa santé à tous les âges de la vie.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à demander à votre médecin ou pharmacien des documents adaptés à votre situation, et à en discuter autour de vous. Être informé, c’est aussi savoir quand et comment demander de l’aide : la préparation est donc une première étape pour avancer en confiance sur le chemin du bien-vieillir.

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