Pourquoi autant de seniors se tournent-ils vers les compléments alimentaires ?

L’utilisation des compléments alimentaires s’est largement démocratisée. Selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), près d’un Français sur cinq déclare en consommer au moins une fois dans l’année, et cette proportion grimpe fortement chez les plus de 65 ans (source : Anses, 2022). Les raisons invoquées sont multiples :

  • Fatigue persistante ou baisse d'énergie : avec l’âge, les moments de “moins bien” se ressentent davantage, et la tentation d’un “petit coup de pouce” sous forme de vitamines ou d’oligo-éléments est forte.
  • Soutien de la mémoire ou du tonus : la peur du “trou noir” et les publicités redoublent d’imagination pour inciter les seniors à recourir à divers gélules ou poudres miracles.
  • Prévention de troubles spécifiques : articulation, vision, immunité… chaque problématique semble avoir son complément dédié.

Le marché des compléments pèse aujourd’hui plusieurs milliards d’euros en France — preuve de leur grande popularité (chiffre Synadiet : marché estimé à 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France en 2023).

Ce que recouvrent vraiment les compléments alimentaires

La notion de “complément alimentaire” couvre un large éventail de produits, des classiques vitamines et minéraux (vitamine D, magnésium, fer…) aux “superaliments”, plantes médicinales, probiotiques, oméga-3, etc. Ils sont généralement délivrés sans ordonnance, ce qui peut donner l’impression qu’ils sont inoffensifs — or, ce n’est pas souvent le cas.

  • Ils ne remplacent jamais une alimentation équilibrée.
  • Ils peuvent contenir des extraits concentrés de plantes ou de substances actives.
  • Ils existent sous forme de comprimés, gélules, poudres ou boissons.

L’anecdote à garder en tête : En 2021, l’Anses a recensé plus de 160 signalements d’effets indésirables graves associés à la consommation de compléments alimentaires, dont certains concernaient des personnes âgées polymédiquées.

Traitements et compléments : le cocktail à surveiller de près

Avec l’avancée en âge, il est fréquent de devoir prendre un ou plusieurs traitements au long cours. Or, plus de la moitié des seniors de plus de 75 ans prennent au moins 5 médicaments différents chaque jour (source : Assurance Maladie, 2023).

  • Le principal risque : L’interaction entre un médicament et un complément alimentaire, pouvant entraîner une perte d’efficacité ou, pire, des effets secondaires.
  • Exemples fréquents d’interactions nocives :
    • Millepertuis : cette plante, parfois consommée contre la dépression légère, diminue l’efficacité de nombreux médicaments comprenant les anticoagulants, anti-cancéreux, contraceptifs oraux... (source : Vidal, ministère de la Santé)
    • Calcium et fer : leur absorption peut être foison d’interactions. Par exemple, pris en même temps qu’un médicament pour une maladie thyroïdienne, le fer en réduit l’efficacité.
    • Vitamine K : elle contrecarre l’effet des anticoagulants courants (dont la warfarine).
    • Gingko biloba : un complément souvent utilisé pour la mémoire ; il augmente le risque de saignement s’il est associé à des anticoagulants ou à l’aspirine.

Le problème, c’est que souvent, ces interactions ne sont pas connues du grand public, ni même signalées sur les emballages — d’où l’importance de la vigilance.

Que dit la réglementation française ?

Les compléments alimentaires sont encadrés, mais ils ne subissent pas les mêmes contrôles que les médicaments. En France, c’est la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui supervise leur sécurité, mais les tests cliniques ne sont pas systématiques avant commercialisation. Résultat : le consommateur doit rester prudent.

  • Les allégations santé sont très surveillées mais parfois ambigües (“contribue à réduire la fatigue…”).
  • Les dosages varient selon les fabricants.
  • L’ANSES publie fréquemment des mises en garde, par exemple contre la consommation de spiruline, de berberine, ou de certains extraits de plantes.

Les précautions incontournables pour allier traitements et compléments en sécurité

Avant tout, adopter quelques réflexes permet d’éviter la majorité des pièges. Voici les conseils de base listés par l’ANSM (Agence nationale de Sécurité du Médicament) et des associations d’aidants :

  1. En parler systématiquement à son médecin ou à son pharmacien. Beaucoup de seniors “oublient” de mentionner à leur professionnel de santé la prise de compléments. Pourtant, c’est indispensable. Ils disposent des listes de substances à risque ou à éviter pour chaque traitement suivi.
  2. Vérifier chaque composition. Certaines gélules contiennent plusieurs actifs à la fois. Y regarder de près, voire demander de l’aide à son pharmacien, permet d’éviter les doublons et surdosages.
  3. Éviter l'automédication et les achats sur Internet. Beaucoup de sites étrangers ne respectent pas les règles françaises. Les risques de contrefaçons ou de surdosage sont réels (source : DGCCRF).
  4. Signaler tout effet inhabituel. Maux de tête, nausées, éruptions cutanées, troubles digestifs : tout nouveau symptôme récent doit être signalé rapidement à son médecin, même si cela ne semble pas grave.
  5. Ne jamais dépasser la dose recommandée. “Plus” ne veut pas dire “mieux”. Certains nutriments peuvent devenir toxiques en excès (vitamine A, D, sélénium…).

Quels compléments sont les plus “sensibles”, selon les autorités de santé ?

Tous les compléments ne présentent pas le même niveau de risque, mais certains reviennent souvent dans les signalements :

  • Millepertuis : interactions majeures et effets secondaires rapportés.
  • Ginseng, ginkgo biloba, guarana : stimulants du système nerveux, ils augmentent la tension artérielle ou peuvent perturber la glycémie.
  • Huiles essentielles (en ingestion) : non recommandées sans supervision médicale, surtout en cas d’antécédents épileptiques ou de traitements psychotropes.
  • Compléments riches en fer ou calcium : à surveiller si maladie rénale ou prise de médicaments thyroïdiens.

Anecdote : en 2018, la FDA américaine a reçu plus de 8 000 signalements d'effets secondaires graves liés à la consommation de compléments alimentaires, dont une grande majorité concerne des interactions avec des traitements existants (source : FDA).

Outils pratiques : comment sécuriser la prise de compléments alimentaires ?

Voici quelques astuces simples pour les aidants et les seniors :

  • Utiliser un carnet de suivi : noter sur un carnet (ou une application dédiée) chaque médicament et supplément pris, avec l'heure de prise.
  • Prendre en photo les boîtes ou flacons avant leur consommation, pour montrer au professionnel de santé lors de la prochaine visite.
  • Favoriser les marques françaises ou européennes reconnues : cela facilite le contrôle qualité et la traçabilité.
  • Rester attentif aux effets à retardement : une interaction peut se manifester plusieurs jours, voire semaines, après l’introduction d’un complément.

Quelques idées reçues à balayer absolument

  • “C’est naturel, donc c’est sans danger” : de nombreuses substances naturelles sont très puissantes (la digitaline, par exemple, issue d’une plante, est un médicament cardiotonique… et un poison à dose trop forte !)
  • “Mon voisin en prend, ça doit être adapté à moi aussi” : chaque organisme réagit différemment, et les interactions dépendent des traitements en cours, de l’âge ou même du foie et des reins.
  • “Je prends le complément loin du médicament, donc il n’y a pas de problème” : certaines interactions persistent même en espaçant les prises.

Identifier les bons interlocuteurs et les relais d’information

Face à un doute, les interlocuteurs compétents sont :

  • Le médecin traitant ou le gériatre.
  • Le pharmacien, formé aux interactions et à la composition des produits.
  • Les plateformes officielles comme Anses ou la Haute Autorité de Santé.

Pour un bien-être en toute sécurité : la clé est dans la vigilance

Les compléments alimentaires peuvent rendre des services, si leur usage est adapté, encadré et discuté avec les bons interlocuteurs. La prise de compléments n’a rien d’anodin, surtout pour les personnes sous traitement médicamenteux. C’est en restant attentif aux interactions potentielles et en dialoguant ouvertement avec les professionnels de santé que l’on met toutes les chances de son côté pour vieillir en pleine forme, sans mauvaise surprise.

À retenir : l’essentiel est de privilégier le dialogue et de rester prudent face aux promesses séduisantes du marché des compléments – car bien vieillir, c’est aussi savoir protéger sa santé, avec lucidité et bon sens.

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