Des élèves privés de transport scolaire à la rentrée ?

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Cela risque d’être l’un des sujets majeurs de la prochaine rentrée scolaire. La pénurie de chauffeurs de bus ne cesse de s’accentuer. Jamais les entreprises n’ont eu autant de difficultés à recruter. On évoque un “trou” de presque 1.000 chauffeurs pour la seule région Auvergne Rhône-Alpes. Le département de l’Ain, qui approche du plein-emploi, est plus que jamais concerné. Pour le retour des élèves en classe, l’organisation des transports scolaires promet d’être très tendue. Et il faudra trouver rapidement des solutions pour que certains élèves ne restent pas sur le marchepied.

L’organisation du transport scolaire n’est pas une mince affaire. Dans le seul département de l’Ain, sous orchestration de la Région, de la maternelle jusqu’au baccalauréat, ce sont ainsi environ 40.000 élèves qui sont véhiculés chaque jour à travers plus de 700 circuits. Autant dire que la gestion de cette prestation n’autorise aucune approximation, à commencer par la disponibilité en terme de véhicules roulants, et de personnels pour les conduire. Et c’est là où le bât blesse, car c’est le pays tout entier qui manque aujourd’hui de chauffeurs de bus. Un métier qui manque d’attractivité, pour diverses raisons cumulées. Si les difficultés de recrutement dans la profession ne sont pas vraiment nouvelles, elles atteignent désormais une proportion inégalée. C’est d’ailleurs ce qui a encouragé tout récemment la Fédération nationale des transports de voyageurs à tirer la sonnette d’alarme. Depuis la pandémie, les recrutements sont quasiment au point mort. Certains chauffeurs se sont tournés vers d’autres métiers, d’autres sont partis à la retraite, mais le flux d’embauches est très loin de compenser les départs. Il en manquerait entre 7000 et 8000 en France rien que pour répondre aux besoins en matière de transports scolaires, et presque 1000 dans notre seule région.


Il va manquer plusieurs dizaines de chauffeurs
dans l’Ain à la prochaine rentrée

Dans l’Ain, la Régie des transports de l’Ain (RDTA), est, de loin, le premier prestataire en matière de transport scolaire. Ses véhicules assurent l’acheminement d’environ 80 % des élèves à travers plus de 600 communes. Malgré sa forte notoriété dans le domaine, cette entreprise centenaire, parmi les plus importantes entreprises de transport de la région, n’échappe pas non plus à cette pénurie de main-d’œuvre. Là aussi, le compte n’y est plus, et à quelques semaines de la rentrée scolaire, l’inquiétude va grandissante comme l’explique le directeur général Emmanuel Boivin : “C’est une très importante problématique. À ce jour il nous manque encore au minimum 20 chauffeurs pour la prochaine rentrée” avant d’ajouter : “Incontestablement, la crise Covid a pesé. Jusque-là on parvenait à équilibrer les effectifs. Notre entreprise est considérée comme plutôt attractive dans le domaine, donc nous n’étions pas les plus touchés, mais là, c’est la première fois que nous nous retrouvons dans cette situation”.
Et malgré des campagnes de recrutement très actives, le flot de candidatures reste maigre, symptomatique d’une sorte de profond désamour pour cette profession, ce et ses points faibles dont Emmanuel Boivin a bien conscience : “Il y a évidemment la rémunération qui entre en ligne de compte. Il faut se concerter avec les collectivités et la branche professionnelle pour parvenir à revaloriser les salaires, mais ce n’est vraisemblablement pas le principal frein. C’est tout un environnement autour de la profession qu’il nous faut revoir. Chez la RDTA nous menons d’ores et déjà un important travail en interne pour proposer des conditions de travail de plus en plus attrayantes, des contrats à temps plein alors qu’auparavant les horaires étaient souvent fragmentés, des plannings davantage anticipés pour que chacun puisse exercer dans de bonnes conditions, une formation accrue et même des propositions de logement pour les nouveaux chauffeurs…” détaille le directeur qui insiste sur la nécessité d’une réforme en profondeur : “Si on ne réfléchit pas à changer le fonctionnement de nos entreprises, le problème ne va que s’accentuer. Formation, intégration, conditions de travail…Il y a encore beaucoup de choses à améliorer…” Et d’appuyer ses propos par une réalité plus factuelle, avec un taux d’absentéisme qui a bondi de 4 % à 6 % en quelques années, preuve s’il en était besoin qu’un changement structurel des conditions de travail est une nécessité, dans un environnement où l’exercice de la profession a tendance à se complexifier. Car les chauffeurs de bus de l’Ain n’échappent malheureusement pas aux incivilités : “Mais très franchement, même s’il ne faut surtout pas minimiser le phénomène et s’il y a quelques lignes un peu plus compliquées que d’autres, dans le département, ce n’est pas rédhibitoire. Dans ce domaine, la formation restera un point crucial pour apprendre aux chauffeurs à gérer certaines situations conflictuelles, qu’elles proviennent du public transporté ou des autres usagers de la route, comme c’est de plus en plus souvent le cas”. Malgré tout, il faudra sûrement du temps pour redonner de l’attractivité au métier, et d’ici la rentrée, ce sont plusieurs dizaines de chauffeurs qui vont faire défaut, avec des milliers d’élèves et leurs parents, qui en subiront les inévitables conséquences : “En ce qui nous concerne, si ces 20 chauffeurs ne sont pas trouvés d’ici la rentrée, il va falloir faire sauter des horaires, nous n’aurons pas le choix. Là où il y a 2 services de transport d’élèves, il n’y en aura peut-être plus qu’un. Si nous ne pouvons pas faire autrement, certains services seront malheureusement supprimés…” se désole Emmanuel Boivin.

        G.R. 


La gratuité toujours de mise dans l’Ain


Alors que la quasi-totalité des autres départements de la région a désormais basculé sur une prestation payante, la prestation des transports scolaires restera toujours gratuite à la rentrée 2022 dans le département de l’Ain. Cette gratuité voulue par le Conseil départemental, est devenue le symbole fort d’un engagement en faveur des familles. Mais elle a évidemment un coût pour la collectivité, car pour acheminer environ 40.000 élèves, le Département dépense chaque année plus de 30 millions d’euros.
À noter que les inscriptions aux transports scolaires sont ouvertes depuis le 30 mai 2022 pour la rentrée prochaine. L’inscription, est accessible via le lien : https://transportsdelain.fr
Cette inscription était totalement gratuite, mais à la condition de l’effectuer dans les délais impartis, car depuis le 20 juillet, pour les retardataires, une participation financière de 30 € par élève inscrit est demandée à la famille. Un mécanisme qui permet de limiter les inscriptions de dernière minute, afin de permettre aux services d’organiser durant l’été, les futures tournées de ramassage scolaire.

 

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