Sur la Côtière, les caravanes fuient l’aire tout juste terminée

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Les élus de la Côtière ont mis plus d’une décennie à se mettre d’accord pour la création d’une aire de grand passage pour les gens du voyage. Les travaux ont été terminés ce printemps, sur un terrain entre Thil et La Boisse. Pourtant, depuis mai, les installations se font partout autour… sauf là.


La Côtière et les gens du voyage vivent-ils une grande histoire de désamour ? Depuis près d’une vingtaine d’années, les territoires des communautés de communes de la Côtière à Montluel et de Miribel et du Plateau sont sommés par l’État de trouver une solution pour l’accueil des grands passages printaniers et estivaux. Après un refus de répondre aux injonctions, une première réponse avait été apportée sur la dernière décennie, avec la mise en place d’une aire “tournante”, aménagée sommairement, alternativement sur chacune des intercommunalités. Puis, peu avant les élections municipales de 2020, une solution définitive a été amorcée : la création d’un terrain unique sur un secteur à cheval entre Thil et la Boisse. Les travaux effectués, l’aire était finalisée début mai 2022… et le premier convoi annoncé est arrivé… mais ne s’est pas installé sur place. Il a préféré un champ à Saint-Maurice-de-Beynost, un peu plus loin. Cause avancée : l’état du terrain, considéré comme ayant trop peu de portance
Si ce premier groupe a quitté Saint-Maurice-de-Beynost, à Thil sur la zone Actinove, des dizaines de caravanes se sont aussi installées sur une parcelle jouxtant l’aire de l’intercommunalité. Pour la toute première installation thiloise, la préfecture a signé un arrêté d’expulsion, mais celui-ci a été retoqué par le tribunal administratif pour une question de forme… Le week-end du 12-12 juin, à Balan, près de 200 véhicules – caravanes comprises, sont arrivées. Pour le coup, il s’agit bien d’un grand passage.

Que faudrait-il pour qu’une démarche préfectorale, en bonne et due forme,soit de nouveau enclenchée? Une aire praticable, répond en substance l’autorité, ne voulant pas courir le risque d’être à nouveau contrecarrée par la justice. “Lorsque le terrain de grand passage sera pleinement opérationnel, les collectivités y travaillent, la préfecture devrait disposer des conditions requises pour engager les procédures d’évacuation prévues par la loi de 2000, si les autres conditions légales sont bien réunies” indiquait jeudi 2 juin les services de l’Etat.


Un camion fait le tour de l’aire pour prouver qu’elle est praticable


Mais pour les élus, cet imbroglio juridique reste difficile à digérer… L’investissement des collectivités s’est monté à plus d’un million d’euros pour financer une aire de grand passage aujourd’hui vide. Si au début du mois de juin, aux abords de l’entrée, le terrain oscillait entre un mélange de terre caillouteux et des friches hautes d’un mètre autour de l’entrée, selon les élus “le sol est parfaitement dur en dessous, c’est du béton” indique Pierre Goubet, vice-président de la CCMP en charge du dossier. Les collectivités ont voulu le prouver en fin de semaine dernière en faisant un essai avec un poids lourd de plusieurs tonnes, en présence d’un pasteur et de l’ARTAG (Association Régionale des Tsiganes et de leurs Amis Gadjé). Le camion des services techniques de la CCMP a fait le tour du terrain. “Ce camion est plus lourd qu’un attelage. Il a circulé sur toute la parcelle. Il ne s’est pas enfoncé. Une vidéo est partie à la préfète. Notre terrain est parfaitement praticable” souligne l’élu mauricien. Philippe Belair, vice président de la 3CM, était présent et confirme : “Le pasteur est venu et nous a dit que notre aire était magnifique, mais pas habitable. On a démontré avec un camion qu’ils pouvaient circuler sur l’aire. On a fait quand même beaucoup, on a essayé de mettre tous les atouts de notre côté… Au final, ils sont bien rentrés sur un terrain qui n’était pas fauché à côté… Il faut arrêter la mauvaise foi.” Il n’y aura donc pas de travaux supplémentaires. Forts de cette expérience, les élus attendent désormais les décisions des différentes instances et la CCMP demandera systématiquement l’expulsion administrative.


Une autre installation à Saint-Maurice-de-Gourdans


Sur la Plaine de l’Ain, l’aire d’Ambérieu est active depuis plusieurs années et utilisée actuellement. Cela n’a pas empêché l’installation d’un groupe à Saint-Maurice-de-Gourdans. Un accord ayant été trouvé avec l’exploitant des champs concernés, l’intercommunalité n’entamera pas de démarche pour obtenir son expulsion. Éric Beaufort est le vice-président en charge du dossier. Il explique : “Nous sommes intervenus avec l’ARTAG. Un protocole a été mis en place avec l’exploitant et la commune pour compenser. Si cela n’avait pas été le cas, nous aurions fait ce qu’il fallait. Nous ne le ferons pas car il y a eu un accord, même si l’on n’y est pas forcément favorable. On est conforme à la loi, ce n’est pas normal qu’ils s’installent, même si c’est un champ privé. Ce n’est pas la règle. Cela coûte toujours à la collectivité au final.” A Bettant, toutefois, où quelques caravanes sont arrivées aussi, la procédure sera lancée : “La préfecture a une bonne réactivité. On a des services à l’écoute et efficaces. L’année dernière, les communes avaient pris les délibérations nécessaires et les caravanes partaient dès le lendemain. Mais il faudrait arriver à ce que l’on évite les installations. Quand on voit un convoi partir d’un endroit, il serait bien qu’il soit encadré et dirigé vers une aire…” conclut Éric Beaufort.   

C.B.

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