Le 28 mai 1942, la Plaine de l’Ain était le théâtre du premier parachutage à destination de la Résistance

0
337
Une stèle rappelle ce moment historique pour la Résistance en France

Il y a 80 ans tout juste, le 28 mai 1942, vers deux heures du matin, un avion venu de Londres réalise une approche dans le ciel de la plaine de l’Ain. Il s’apprête à parachuter des armes destinées à la Résistance lyonnaise. En dessous, ils sont neuf à l’attendre. Quelques heures plus tôt, ils ont entendu à la BBC : “Nicolas dit salut aux vivants”. Le signal était donné pour engager la lutte face à l’occupant allemand.

On est en été 1941. Après la grande débâcle, l’exode face aux troupes d’occupation, l’armistice a été signé depuis plus d’un an.
Mais certains ont décidé de faire face. Depuis quelques mois, la Résistance commence à se structurer, à s’organiser. Elle jouera un rôle capital dans la région lyonnaise, portée un peu plus tard par Jean Moulin. Parmi ces résistants du début, un certain Marcel Claes, secrétaire du colonel Girard à la base de stockage de Bron. Il va se lier avec plusieurs officiers et sous-officiers de cette base, qui, avec lui, ont décidé de se lancer dans la lutte pour la libération. Ils seront à l’origine de la création du réseau de résistance de la région de Lyon, baptisé symboliquement “Le Coq Enchaîné”. On trouve notamment à leurs côtés le capitaine Claudius Billon, ancien pilote de chasse au Groupe de Chasse III/9 à Bron, et qui se verra désigner plus tard par Jean Moulin, comme responsable de l’Armée Secrète pour la zone sud.
Mais assez vite, ce combat contre l’occupant trouve ses limites. Il n’est plus question de lutter avec des tracts et des journaux mais de se battre avec des armes. Encore faut-il en trouver. Le premier parachutage d’armes en zone sud va alors s’organiser grâce au réseau du colonel Buckmaster et à son agent Alain. Cet officier anglais est contacté par les membres du “Coq Enchaîné”, suite à une action de Louis Pradel, résistant lyonnais (qui deviendra maire de Lyon de 1957 à 1976), dont le beau-père possédait à Londres un réseau de correspondants commerciaux. C’est Marcel Claes qui est alors chargé de trouver des terrains favorables et des planques pour accueillir des parachutages. Il choisit la plaine de l’Ain comme théâtre d’opération. Proche de Lyon, mais à la campagne, facile à repérer de nuit par un avion, le territoire entre Blyes et St-Vulbas présente de nombreux avantages. Pour disposer de bases de repli, il va louer plusieurs habitations sur le secteur, dont une à Blyes. Dans le jardin de cette dernière, aidé de son frère Maurice, il creuse une fosse pour le camouflage d’armes et de matériel, qui doivent être parachutés dans des containers.

Venus de Londres, les “passeurs du clair de lune” vont réaliser des prouesses afin de soutenir la Résistance locale

L’un des containers parachutés présenté lors d’une cérémonie anniversaire


L’opération est programmée pour le lundi 28 mai 1942. Ils sont neuf à y prendre part au sol, afin de réceptionner le matériel : le capitaine Claudius Billon, Georges Dubourdin alias Alain, Marcel Claes, Louis Pradel, Georges Pezant, Le docteur Vansteenberghe alias Michel, Berthier alias Martin, ainsi que deux étudiants en médecine : Jean Mingat et Jean Wertheimer. Le soir venu, le commando a les oreilles collées à la radio. Les messages transmis sur la BBC se succèdent. Ils attendent le leur, qui survient vers 18h30 : “Nicolas dit Salut aux vivants”. C’est parti ! De l’autre côté de la Manche, venus de Londres, les “passeurs du clair de lune”, comme on les nommera bientôt, ont pris leur envol. Une appellation presque romantique, pour des opérations pourtant si périlleuses accomplies dans l’obscurité, en défiant la DCA allemande. Quelques heures plus tard, vers 21h30, la BBC diffuse de nouveau la missive : “Nicolas dit salut aux vivants”. Cette fois-ci, il n’y a plus un instant à perdre. Cela signifie que l’avion est sur le point d’arriver à destination. Le moment est venu de se rendre en bicyclette sur le terrain, pour la réception des containers. Vers 22h30, les neuf insoumis sont déjà postés, dans une obscurité transpercée par la lune qui brille dans un ciel pur. Plus de 3 heures encore à tourner en rond. Certains se découragent presque, lorsqu’un peu avant deux heures du matin, le bruit de moteur du Westland Lysander, petit avion de reconnaissance, se fait entendre. Le voilà ! À l’aide de quelques lampes électriques braquées vers le ciel, les hommes éclairent sommairement les angles du périmètre. Pendant ce temps d’autres sont postés pour guetter d’éventuels mouvements ennemis. Personne en vue. En quelques minutes le tour est joué. Deux containers sont largués par avion. Ils contiennent du matériel de communication, des armes, des munitions… À l’aide de la voiture du docteur Vansteenberghe ce matériel est évacué puis provisoirement camouflé à Blyes. Puis chez Napoléon Bullukian, un entrepreneur. Puis dans les jours qui suivent Marcel Claes, Paul Blachère et Jean Terisse transportent le matériel et les armes à Lyon. Le tout premier parachutage de la zone Sud était terminé Il sera suivi de celui d’Anse (Rhône), dans la nuit du 1er au 2 juin, mais qui a tourné au fiasco. Le suivant se déroule avec succès sur la commune de Montverdun (Loire), près de Feurs, et d’autres parachutages eurent lieu, au cours de l’été 1942, sur la commune de Taluyers, à proximité de Mornant (Rhône). Le lieu de parachutage de la Plaine de l’Ain deviendra entre 1943 et 1944 un terrain d’atterrissage pour les opérations de la Résistance. Il était le symbole de la victoire contre l’oppresseur allemand qui se dessinait. Mais elle se fera encore attendre trois ans, trois ans de ruines, de morts et de deuils.
En 1945, un des deux containers sera mis à jour à Blyes dans le jardin de Joseph Carrel. Une cérémonie anniversaire fut organisée pour la première fois le 23 décembre 1945.
Sur la RD 17, à proximité du domaine Les Bergeries, on trouve aujourd’hui un monument commémoratif portant l’insigne du 161° Squadron de la Royal Air Force, la Croix de Lorraine ainsi qu’une silhouette du Lysander, appareil utilisé pour les missions clandestines, en reconnaissance “aux passeurs du clair de lune”       

G.R.

Avec l’aimable participation de Paul Mathevet, Paul Zakorzermy et de la Société lyonnaise d’histoire de l’aviation

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here