Ils ont fui la guerre : le nouveau quotidien des réfugiés ukrainiens

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(© Bugey Côtière)

Les réfugiés ukrainiens sont plusieurs centaines à être arrivés dans le département de l’Ain. Le plus souvent, ils sont accueillis dans des familles. Rencontre à Dagneux et au Pont de Chazey, avec quelques-uns de ces habitants qui ont, avant tout, laissé parlé leur cœur.

La gérante du camping du
Pont-de-Chazey ouvre sa maison


Depuis le 12 mars dernier, Stéphanie Erigoni, qui dirige le camping Claire Rivière à Villieu-Loyes-Mollon, accueille et héberge quatre membres d’une famille ukrainienne. Une aventure humaine extraordinaire qui a fait naître un mouvement de solidarité hors-norme sur le plan local.

Réfugiées en France depuis quelques semaines après un long et périlleux périple à travers l’Europe, quatre Ukrainiennes qui ont fui leur pays en guerre ont accepté de témoigner pour notre journal. Une rencontre rendue possible grâce à Stéphanie Erigoni. Cette habitante de la plaine de l’Ain qui gère le camping triplement étoilé du Pont-de-Chazey, a décidé d’accueillir naturellement chez elle “le temps qu’il faut” Anastasiia (15 ans) et sa sœur Daria (12 ans), leur mère Tanya (38 ans) et leur tante Svitlana (41 ans). Une famille qu’elle connaissait déjà pour l’avoir reçue il y a trois ans dans son camping. “Dès le premier jour de guerre, j’ai contacté Vacheslav (le père) pour que sa famille vienne se mettre à l’abri à la maison. J’avais très peur pour eux” confie Stéphanie Erigoni, qui était prête à se rendre jusqu’en Ukraine avec son cousin pour rapatrier la famille en détresse. Resté au pays où il fait partie de la défense territoriale et attaché à l’éducation de ses filles, Vacheslav accepta alors de mettre en sécurité ses protégées.


“La situation devenait trop dangereuse, on entendait les roquettes, les fenêtres n’arrêtaient pas de trembler”


Parlant bien le français, Anastasiia raconte les conditions dans lesquelles sa famille a été contrainte de quitter précipitamment sa maison située dans un petit village près de Kiev : “On ne voulait pas partir, laisser notre maison, notre chien… Mais la situation devenait trop dangereuse, on entendait les roquettes, les fenêtres n’arrêtaient pas de trembler. Au neuvième jour de guerre, on a pris tous les vêtements que l’on pouvait et on est parti. On s’est rendu à Ternopil (ville de l’Ukraine occidentale à 468 km de Kiev) où on est restées quelques jours. Puis, on a pris un bus qui nous a emmenées jusqu’à Varsovie”. Malgré la difficulté à trouver des transports en raison de l’exil massif de la population ukrainienne, leur périple les a ensuite conduites jusqu’à Berlin, Offenbourg, Strasbourg, Lyon et enfin Meximieux, soit un trajet incessant d’une bonne semaine sur les routes.

Une mobilisation locale “vraiment chouette”


Si Stéphanie Erigoni a beaucoup œuvré pour la venue de ses amies ukrainiennes, elle reconnaît qu’elle a pu compter sur un formidable élan de solidarité de la part de son entourage et même au-delà : “Beaucoup de gens nous ont aidés, c’est fou ! C’est important dans ces temps de guerre de sentir que les gens sont profondément humains et bienveillants malgré tout”. Dès leur arrivée en France, l’équipe éducative de l’école Saint-Jean-de-Bosco de Meximieux a ainsi accueilli Anastasiia et Daria. Les deux sœurs avaient déjà fréquenté cette école lors de leur précédent séjour en France.
De très nombreuses personnes ont décidé de s’impliquer spontanément dans cette aventure humaine. “J’ai un grand soutien de ma famille, ma mère, mes cousins qui nous aident pour les courses, l’école qui les a acceptés et maintenant le collège de Leyment où les filles sont scolarisées, l’association des Parents d’Élèves de Sainte-Blandine/Saint-Jean-de-Bosco pour le don de vêtements, la pharmacie de Villieu pour les médicaments, la ferme Pichat de Loyes et l’ADMR de Villieu pour le don de repas, la maison de la Presse de Meximieux pour le don de toutes les fournitures scolaires… Beaucoup d’anonymes m’ont aussi contactée pour divers dons. Finalement, tout a été facile quand elles sont arrivées. Cette entraide est vraiment chouette, cela faisait longtemps que je n’avais pas reçu autant d’humanité” explique la gérante du camping. Et d’ajouter non sans émotion : “Il y a un lien qui est maintenant très fort entre nous, c’est comme une famille”. Tanya et Svitlana apprennent le français chaque mardi après-midi grâce au cours mis en place par les Restos du Cœur de Meximieux.
Rassurées d’être à l’abri, ces quatre Ukrainiennes sont toutefois déchirées d’avoir tout laissé sur place et demeurent inquiètes pour le devenir de leur pays. Mais elles ont confiance en leur président Volodymyr Zelensky. “Avant c’était un clown. Maintenant, tous les gens d’Ukraine l’aiment” souligne Daria. Très reconnaissantes envers Stéphanie et toutes les personnes qui les aident, elles ont hâte que la guerre se termine afin de revenir en Ukraine, retrouver leurs proches, leur maison, leurs animaux… Tout ce qui fait la richesse de la vie.     T.G.

Katia à Dagneux :
“Le moral dépend des nouvelles d’Ukraine”


Katia, une habitante de Dagneux, a recueilli chez elle, sa famille ukrainienne qui a quitté le pays suite à la guerre. Depuis quelques semaines sa mère Tatiana, sa sœur Olia et ses neveux Eleonora et Lev l’ont rejointe à Dagneux, après avoir vécu la guerre.

Quel est le parcours de votre famille depuis le début de la guerre en Ukraine ?
Ma famille vient de la région du Donbass, à l’est du pays, en guerre depuis 8 ans. Plus précisément de la ville de Pokrovsk, non occupée par les séparatistes. Ils sont partis le 27 février, soit trois jours après le début de la guerre avec toute la famille dont le père, dans un train d’évacuation qui traverse le pays. Durant ce trajet, ils vivaient dans la peur des bombardements, plusieurs ont eu lieu près d’elles. La famille est arrivée dans la ville de Lviv, à l’ouest du pays, et y est restée durant deux jours avant de partir en bus, sans le père, jusqu’à la Pologne, où je suis allée les chercher.

Comment cela se passe-t-il en Ukraine pour le père ?
Denis est actuellement à Lviv. Nous recevons encore des nouvelles grâce à internet. Il est aidé par plusieurs associations pour se nourrir. Il dort actuellement dans une église et, dès que les alarmes qui préviennent les bombardements retentissent, il se cache dans la cave de l’église.

Comment se passe l’arrivée en France, comment votre famille occupe-t-elle ses journées ?
On a passé beaucoup de temps dans l’administratif, pour régulariser leur situation en France. Pour l’instant, ils ont un titre de séjour de 6 mois et, selon l’évolution de la situation, cela peut aller jusqu’à 3 ans. On est aussi allé voir la sécurité sociale. À Dagneux, les enfants assistent à des cours de français deux fois par semaine, dans l’école. Eleonora fait des entraînements avec le RC Montluel. On cherche aussi à trouver un travail, mais cela reste très compliqué avec la barrière de la langue.

Comment va le moral à la maison ?
Les activités et les réseaux sociaux permettent de garder un lien avec les amis et la famille. C’est très important pour se changer l’esprit. Mais, le moral dépend tout de même des informations qui nous viennent d’Ukraine. Une ville à côté de chez nous a été totalement dévastée et cela nous a touchés. Les nouvelles quotidiennes de Denis jouent beaucoup sur notre moral à la maison.

Avez-vous reçu de l’aide en France ?
Elles vont recevoir une aide de 200 euros par mois par personne. Au-delà, il n’y a rien d’officiel, mais des personnes solidaires, notamment dans le quartier, nous permettent de mieux vivre, en nous donnant des matelas, des habits ou d’autres choses. Beaucoup de personnes nous proposent de l’aide. Tatiana se dit surprise de la solidarité des gens en France et tient à remercier les habitants du quartier.
Après avoir été aidés, on veut aider. Beaucoup de familles d’Ukraine arrivent dans le secteur et on cherche à les aider, que ce soit dans l’administratif ou dans le matériel. On veut aussi ne pas les laisser seules, j’ai par exemple organisé un goûter avec d’autres familles ukrainiennes pour que l’on puisse parler et ne pas rester uniquement en famille. On a une volonté de faire plusieurs événements, pas seulement entre Ukrainiens, pour que l’on puisse mieux se socialiser dans la ville et rencontrer des gens.

Comment votre famille envisage-t-elle son futur ?
Ce qu’elle voudrait, c’est rentrer chez elle et reprendre sa vie. Mais il est très difficile de se projeter vers l’avenir. Il semble qu’il sera compliqué de revenir dans le Donbass, d’autant plus que les négociations actuelles prévoient de laisser le Donbass aux mains des Russes. Des bombardements ont aussi eu lieu près de notre ville. Il est donc impossible de savoir si elle existera encore. Pour l’instant, on essaye de les intégrer le mieux en France, avec des cours de langue et en leur trouvant un travail. Par la suite, on verra comment la situation évolue.

Propos recueillis par Antonin d’Agostini





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