Les Papillons : Recherche lieux pour permettre aux enfants victimes de violences de s’exprimer

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Des boîtes aux lettres peuvent être installées dans les lieux fréquentés par les enfants, comme ici à Garnerans.

Récemment implantée dans l’Ain, l’association Les Papillons a été créée pour permettre aux enfants victimes de violences de raconter leur souffrance. Elle recherche actuellement des sites pour installer des boîtes aux lettres, qui permettront aux bambins de laisser leurs messages.


Comment exprimer, quand on est enfant, une agression sexuelle, des violences intrafamiliales, du harcèlement ? Comment se confier discrètement ? Combien d’affaires arrivent véritablement à être révélées ? Combien de victimes se taisent, apeurées ? Selon les estimations, un enfant sur dix serait victime de violences sexuelles, dont 80 % d’inceste, et un sur cinq de violences.

“Avec une boîte aux lettres, peut-être qu’on m’aurait crue, entendue,
qu’on aurait pu agir et me protéger.”


C’est pour libérer leur parole que l’association Les Papillons est née. Dans l’Ain, elle commence tout juste à se structurer, avec une petite quarantaine de bénévoles sur le territoire. Des référents commencent à être désignés en vue de déployer des boîtes aux lettres dans tous les établissements fréquentés par des enfants. Gwendoline Thecua, une Miribelane de 33 ans, a elle-même été victime. Elle explique tout l’intérêt de cette initiative : “Quand je parlais de ce qui se passait, je voyais que personne ne réagissait. J’ai cru que ce que je vivais était normal. Avec une boîte aux lettres, peut-être qu’on m’aurait crue, entendue, qu’on aurait pu agir et me protéger.”
Depuis deux mois, trois boîtes existent dans l’Ain, à Garnerans, Viriat et Oyonnax. Mais l’objectif est bien plus important. Gwendoline Thecua est chargée des installations sur la Côtière. Elle a déjà pris contact avec la Communauté de Communes de Miribel et du Plateau. “L’idéal serait que chaque enfant puisse avoir l’opportunité de mettre un mot ou un dessin dans un endroit qu’il fréquente” explique-t-elle. École, centres de loisirs, clubs sportifs… autant de lieux qui pourraient accueillir ces boîtes.
Pour chaque installation, une sensibilisation est organisée au sein des établissements concernés, par des bénévoles préalablement formés par une infirmière spécialisée en psycho-traumatologie : “Il s’agit d’expliquer aux enfants ce que les adultes ou les enfants entre eux ont le droit de faire ou pas. Quand on est petit, on ne se rend pas forcément compte de ce qui est normal.” Une fois déposés, les messages, qui doivent permettre d’identifier l’enfant, sont récupérés par la police municipale. Ensuite, l’association entame les démarches pour mener les actions qu’elle juge utile, notamment en envoyant une information préoccupante à la cellule départementale si nécessaire, qui décide des orientations les plus judicieuses. Cela peut aller jusqu’au procureur de la République. Mais, pour des situations moins graves, un travail avec l’établissement concerné ou l’appel à un éducateur peut aussi constituer une solution.
Selon Gwendoline Thecua, l’essentiel est que “les enfants soient sûrs que leur mot sera lu et que des gens formés prendront en compte leur situation.” Déjà, au niveau national, le dispositif montre qu’il fonctionne. “Dès qu’il y a une boite, des mots arrivent.” La première boite aux lettres papillons a été installée le 6 mars 2020 en France. Sur l’année scolaire 2020-2021, elles étaient au nombre de 36 et ont permis de recueillir 444 mots, dont 8,5 % ont conduit à des informations préoccupantes. Près de 60 % des messages dénonçaient du harcèlement, 16,7 % des violences physiques, 11,1 % des violences sexuelles. Les 8-9 ans sont les enfants qui se sont le plus confiés (58,7 %) et les faits révélés se déroulent près de 8 fois sur 10 à l’école. Quant aux enfants aindinois, ils sont 1,3 % à avoir fait l’objet de mesures d’aide à l’enfance en 2019. Environ 1.300 sont placés chaque année.
Les personnes pouvant proposer des installations de boîtes aux lettres ou devenir bénévoles peuvent contacter Les Papillons de l’Ain.   

C.B.


Contact : Valérie Laty sur le secteur d’Ambérieu-en-Bugey: valerie.laty01@gmail.com •
Gwendoline Thecua sur la Côtière : gwen01lespapillons@gmail.com

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