Loups : combien sont-ils dans l’Ain ?

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624 loups adultes sillonneraient actuellement notre pays. Les spécialistes estimaient leur population à 580 individus un an auparavant, soit une progression de 7%, selon les évaluations de l’Office français de la biodiversité de l’hiver 2020/2021. Le département de l’Ain, lui, est classé “sous flux de dispersion permanent” et abrite au moins une meute qui était composée de cinq individus l’hiver dernier. Mais certains estiment que ces chiffres pourraient être largement sous-évalués.

Été 2003. Pour la première fois, la présence du loup est attestée dans le département de l’Ain. Vers la station des Plans d’Hotonnes, en plein cœur du Bugey. Un éleveur voit ainsi son troupeau décimé par des attaques à répétition. Les autorités préfectorales s’emparent aussitôt du dossier. On s’y attendait, mais cette fois le loup est là, bien là même.
Depuis, le grand canidé a poursuivi sa lente colonisation, dans l’Ain, mais dans le pays tout entier aussi, à tel point qu’il ne resterait désormais plus que deux départements ou le canidé ne semble avoir jamais mis les pattes (hors Corse et Dom). D’est en ouest, du nord au sud, des forêts de Bretagne et même dans celle de Fontainebleau, le passage du loup a déjà été repéré.


86 attaques sur des troupeaux l’an dernier dans l’Ain

En parallèle, et c’est logique, le nombre des départements soumis à la prédation du loup connaît une augmentation constante. Ainsi, en 2020, 36 départements ont enregistré au moins une attaque sur un élevage, dont deux nouveaux : la Seine Maritime et l’Oise. Certains territoires ne sont encore que visités par des dispersions aléatoires avec des incursions sporadiques, mais dans beaucoup d’autres, l’animal prend ses aises. C’est notamment le cas chez nous. Dans l’Ain, la présence du loup est considérée “sous flux de dispersion permanent”, ce qui signifie qu’il y est installé et qu’il s’y reproduit. Et si les observations visuelles demeurent rares, les indices de sa présence sont assez réguliers. Le plus souvent, ce sont cependant les attaques menées par le prédateur sur des animaux d’élevage qui font parler de lui.
L’an dernier, 86 attaques ont ainsi été imputées au grand canidé dans l’Ain, dont 85 sur des ovins et une à l’encontre d’un caprin. Cela représente à peine plus de 2,3% des attaques de loups identifiées sur l’ensemble du territoire national, puisqu’il y a eu environ 3.700 constats d’attaques en 2020, l’essentiel se concentrant sur la région Auvergne-Rhône-Alpes, en particulier sur l’arc alpin. Les départements voisins de l’Isère et de la Savoie pointent en tête, avec respectivement 1.219 et 1.550 prédations sur des troupeaux attribuées au loup.

Une population implantée estimée à environ cinq loups adultes au sein d’une même meute


Si le nombre d’attaques est donc sans commune mesure dans l’Ain, le phénomène pose néanmoins ici aussi la question de la protection des troupeaux et des éventuels tirs d’abattage. Les autorisations de tir font l’objet d’une procédure très encadrée. Elles sont délivrées au compte-gouttes, et ne doivent en aucun cas mettre en péril les populations de loups, protégées par le droit international, et pour lesquelles la France à un devoir de veille et de conservation. Au regard de l’évolution de la population, le plafond des tirs d’abattage des loups est fixé aujourd’hui à 19% de la population totale estimée en France. Un pourcentage qui doit théoriquement permettre d’assurer la pérennité de l’espèce, tout en permettant un droit d’intervention lorsqu’elle se montre trop invasive. Il en va de la continuité des activités pastorales, mais aussi, plus globalement, du bon équilibre de la biodiversité
animale.
Dès lors, on comprend toute l’importance d’effectuer des estimations rigoureuses de la population. C’est l’Office Français de la Biodiversité (OFB), établissement public dédié à la protection et la restauration de la biodiversité, qui a la charge de réaliser ces évaluations. Dans l’Ain, l’OFB s’appuie sur un réseau de plusieurs dizaines de correspondants, agents de l’ONF, particuliers, agriculteurs ou chasseurs, qui contribuent à ce recensement. Au cours de l’hiver dernier, les informations fournies par ce réseau ont permis d’estimer que cinq loups adultes auraient actuellement pour territoire d’habitat et de chasse notre département. Tous évoluent au sein d’une même meute, qui se promène principalement entre le Jura suisse et notre département, sur un secteur proche de Divonne-les-Bains. Un chiffre qui n’empêche pas, que sporadiquement, d’autres de ces grands canidés fassent également des incursions dans le département. Ceux-là, qui ne font que passer, sont évidemment bien plus difficiles à estimer. C’est bien souvent les prédations commises au cours de leurs périples à la recherche de nouveaux territoires qui permettent d’attester leur présence ponctuelle.
Mais aujourd’hui, pour plusieurs organisations professionnelles agricoles et pour la Fédération nationale de chasse, les données comptables provenant de ces estimations de loups seraient très sous-évaluées. La présidente de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), a même récemment ouvertement déclaré que l’OFB “mentait” délibérément sur ces chiffres. Depuis, la polémique enfle. Éleveurs et chasseurs mèneraient l’offensive pour obtenir d’avantage d’autorisations de tirs, évoquant une population au moins dix fois supérieure à celle avancée par l’OFB.
De son côté, l’Office de la biodiversité se défend fermement de tout parti pris. L’organisme qui effectue ses estimations à partir d’éléments indiciels précis, rappelle que sa méthodologie est validée par l’État. Elle a fait ses preuves depuis des années, et est considérée comme une référence chez certains voisins européens.
Plusieurs associations de protection de l’environnement, dont la LPO, sont venues à son secours, afin d’alerter sur une manœuvre qui viserait, selon elles, à donner le feu vert à une élimination facilitée des loups, alors que se dessine, à l’horizon 2023, le renouvellement du plan national “Loup et activités d’élevage”.
Pour faire valoir leurs arguments, éleveurs et chasseurs ont donc réclamé le droit à un comptage “contradictoire”.

G.R.


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