Quand les fous volants s’élançaient dans la Plaine de l’Ain

0
524

Si la plaine de l’Ain est aujourd’hui devenue le terreau fertile de multiples implantations industrielles, il fut une époque ou ses grands espaces dégagés et désertiques, étaient convoités pour des activités bien différentes. C’est en effet ici que sont venus s’élancer certains des pionniers de l’aviation au tout début du XXème siècle et un terrain d’aviation subsista entre Loyettes et St-Vulbas jusqu’à la seconde guerre mondiale.

La configuration de la Plaine de l’Ain a suscité au fil du temps bien des convoitises. Et avant l’avènement de l’ère industrielle ici, ses grands espaces ont d’abord séduit quelques aventuriers épris de liberté, qui rêvaient de prendre leur envol. En juillet 1909, lorsque Louis Blériot, devient le premier homme à traverser la Manche par le ciel dans un engin mécanique de sa propre conception, d’autres ne vont pas tarder à lui emboîter le pas. C’est ainsi qu’en avril 1910, Joseph Eparvier, un industriel drômois, et Benoist Dufour, un mécanicien de Villeurbanne, viennent trouver le maire de Loyettes pour disposer d’un terrain situé à la limite entre sa commune et celle de Saint-Vulbas.
À l’époque, la zone n’est faite que de friches inexploitables, et le premier magistrat leur laisse volontiers à disposition pour une durée de trois ans et la somme symbolique de 1 franc par année.
Les deux hommes, qui ont la passion commune de l’aviation et des prototypes aériens, vont s’empresser de faire aménager ce site à leur convenance, et à l’automne 1911, ils lèvent le voile sur leur projet. Ils comptent ouvrir ici une école de pilotage. Benoist Dufour se présente alors désormais comme “constructeur d’appareils aériens”. Ce terrain devient le siège d’une des toutes premières écoles de pilotage de France, alors qu’à quelques kilomètres de là, environ à la même époque, un certain Antoine de Saint Exupéry s’apprête à effectuer son baptême de l’air à Ambérieu.

Un jeune pilote de l’Ain va faire sensation en grimpant à 400 mètres de hauteur !

À ses débuts, l’école de pilotage est constituée de seulement deux biplans et un petit monoplan, mais le ciel de la Plaine de l’Ain va vite devenir le théâtre d’un spectacle quasi surréaliste pour les yeux des habitants de la région.
En toute fin d’année 1911, une fête aérienne est organisée sur le site afin de mettre en valeur de jeunes et audacieux pilotes et leurs inventions. Lors de ce meeting, plusieurs participants roulent sur des centaines de mètres, sans jamais parvenir à s’élever, ou pour finir parfois dans un fossé au bout de la zone de lancement. Mais l’un d’eux va tout particulièrement s’illustrer en offrant au public une prestation de “haut vol”. Le jeune Pierre Béard, un natif de Belley devenu un an plus tôt, à l’âge de 17 ans, le plus jeune pilote diplômé de France, s’élance et grimpe à 400 m de hauteur. On le voit alors traverser le Rhône, puis il revient par Blyes. “Un véritable exploit” relatera le Courrier de l’Ain, le pilote étant parvenu à poser “gracieusement” son appareil à son point exact de départ, sous les applaudissements frénétiques de la foule. Médusés, ceux qui avaient vu cela, le racontèrent de village en village…
Pierre Béard devint une véritable légende dans l’Ain, mais malheureusement, cette période insouciante de l’aviation civile, même si elle fut aussi marquée par des échecs tragiques, n’allait pas durer. C’est le début de la guerre qui verra s’envoler les beaux jours où les gens pouvaient s’extasier devant les évolutions de ces oiseaux du ciel. Plus tard, en 1918, l’armée réquisitionne le terrain en vue de l’extension de l’école d’aviation Voisin implantée à Ambérieu. Entre St-Vulbas et Loyettes, les fossés sont comblés, les haies arrachées, une partie de la plantation de 10.000 pins d’Autriche réalisée par la municipalité de Loyettes au début du siècle est coupée. Au 1er octobre 1918, l’école d’aviation d’Ambérieu compte 1.054 hommes de troupe. 27 officiers, 600 civils et 480 élèves-pilotes sont à l’entraînement sur ce terrain en vue d’obtenir leur brevet de pilote militaire. Ils disposent pour cela de 152 appareils, principalement des Voisin.
Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, une grande partie des terrains de l’école annexe de pilotage de la plaine de l’Ain sera finalement restituée aux propriétaires. Seule, une bande de terrain restera utilisée par l’école de pilotage d’Ambérieu.
Mais ces changements n’allaient pas sonner la fin de l’aventure aéronautique dans la plaine de l’Ain. Dans les années 30, le territoire de la “Mière”, situé en face de l’actuelle centrale nucléaire, intéresse de nouveau l’aviation militaire. Au cours de l’été 1937, la préfecture de l’Ain procède à des expropriations sur deux terrains d’une superficie de 108 ha en tout. Celui de la Mière en fait partie.
L’odeur âcre de la guerre revient malheureusement planer ici. La compagnie de l’Air 152/105 prend possession de ces terrains le 30 août 1939 et les 80 hommes qui la composent s’installent dans les différentes fermes des environs, alors qu’une “popote” est organisée au hameau des Gaboureaux à St-Vulbas. Des mitrailleuses Hotchkiss pour la défense contre avions sont installées et le 18 décembre de cette même année une section d’éclairage de terrain met en place quatre groupes de deux batteries de trois sections, soit au total 96 projecteurs. Enfin, le 18 janvier un détachement de transmissions 39/708 rejoint le secteur, signe précurseur de l’arrivée d’une unité opérationnelle qui prendra place ici quelques jours plus tard. Cette escadrille d’aviation légère de défense est dotée de 6 avions de type Potez 631, équipés d’un canon et d’une mitrailleuse Mac. Regroupant 10 pilotes, 2 radios navigants, 28 mécaniciens, cet ensemble n’a jamais navigué sur ce genre d’appareils. Ce personnel va donc se familiariser durant tout le printemps et sera maintenu en état d’alerte. Le 1er juin 1940, pour la première fois, il affrontera la guerre dans le ciel. Mais sous l’inexorable poussée allemande, l’escadrille reçoit l’ordre le 15 juin d’abandonner le terrain et de se replier sur celui de Corbas. Le 21 juin, les Allemands qui sont entrés à Hières sur Amby mettent en batterie un gros canon en haut du village. À 15 heures la pièce d’artillerie tire sur le terrain, démolissant les baraquements et les avions restés sur place. C’est en quelque sorte la fin de l’aventure aéronautique de la plaine de l’Ain, même si ce territoire va, en réalité, devenir une base arrière stratégique de la Résistance locale. À partir de janvier 1943, plusieurs dizaines de parachutages ou d’atterrissages clandestins de soutien et d’évacuation auront ainsi lieu ici, sur un triangle géographique compris entre Lagnieu, Meximieux et Pont-de-Cheruy.
Mais ceci est déjà une autre histoire…     

G.R.

Sources :
– “Des débuts de l’aviation dans la plaine de l’Ain aux missions spéciales de 1944”. – https://www.anciens-aerodromes.com/?
– Association pour la sauvegarde des fonds anciens et modernes de Belley.       …


LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here