Le Général Degoutte, un militaire visionnaire

0
501

Si les Miribelans connaissent la rue Général Degoutte, l’homme qui lui prête son nom leur est bien moins connu, alors qu’il a été une figure de la Première Guerre Mondiale. Ce constat amena Sébastien Parra, passionné de la thématique militaire, à travailler le sujet dans un ouvrage, Le général Degoutte – Soldat du Lyonnais. Conférencier, il a souhaité en présenter une synthèse, à l’Allégro, le 11 novembre.

Jean-Marie-Joseph Degoutte grandit à Charnay, dans le Beaujolais, au sein d’une famille modeste. Sa naissance, le 18 avril 1866, fait de lui l’aîné d’une fratrie de trois enfants, avec un père cultivateur et une mère cultivée. Elle est d’ailleurs la fille du maire de la commune voisine, un point amusant quand on sait qui sera l’épouse du général. La famille déménage dans l’Ain, à La-Chapelle-du-Châtelard, dont le père, Jean, sera maire de 1878 à 1887.
À partir de six ans, chacun des enfants part en pensionnat. Jean-Marie-Joseph Degoutte, pensionnaire au lycée de Bourg-en-Bresse, se montre brillant. Sa vivacité d’esprit lui permet de finir bachelier en lettres, en droit et en science. Déjà, il témoigne d’aptitudes remarquables dans l’apprentissage de langues étrangères, alors qu’il semble se destiner à une carrière de professeur. Mais les destins ont la ficelle sensible et, en mars 1887, il contracte un engagement volontaire de cinq ans comme soldat au 30ème régiment d’artillerie. Son colonel remarque dans son dossier militaire un profil “très instruit” et incite Jean-Marie Joseph Degoutte à embrasser une carrière d’officier. C’est ainsi qu’il réussit le concours d’entrée à Saint-Cyr en 1888 et intègre la promotion dite du Grand triomphe, d’où sortiront 57 généraux. À l’issue, il se classe 9ème sur 435 élèves et choisit son affectation au 4ème régiment de zouaves, qui cantonne en Tunisie. L’un de ses camarades le décrit ainsi : “Il se fit remarquer par ses éminentes qualités de volonté, de travail, d’opiniâtreté, d’intelligence, de finesse, d’esprit”.

Un jeune militaire remarqué, polyglotte et entêté

Nommé lieutenant à deux ans de services, notre sujet décide, deux ans plus tard, de se porter volontaire pour un corps expéditionnaire en partance pour Madagascar. Demande rejetée. Déterminé, Degoutte acquiert un glossaire de malgache et en apprend les rudiments. Seconde demande. Second rejet. Degoutte demande alors un congé de six mois au motif d’aller sur l’île de Nosy Be, voisine de Madagascar, afin d’y parfaire son malgache. Sur place, il emprunte un autre bateau pour rejoindre l’armée française afin de se mettre à sa disposition : il est mis aux arrêts pour trente jours, assortis d’un retour en France. Degoutte n’abdique pas. Alors qu’il traduit la langue des locaux lors d’un débarquement sur le port qui devait lui servir d’embarcation vers la France, le colonel Bayoud perçoit l’atout de Degoutte, seul à savoir parler le malgache, et, le 5 juin, notre futur miribelan obtient enfin d’intégrer ce corps expéditionnaire.
Notre homme s’isole ensuite dans le Tyrol autrichien afin d’y apprendre la langue de Goethe. Il se prépare à son entrée en école supérieure de guerre, dont l’une des exigences est de savoir manier l’allemand. Entre temps, passé par le 32ème régiment d’infanterie et devenu capitaine, il concrétise cet objectif en 1899. Sa formation est interrompue lorsque le Général Bayoud, lui aussi a pris du galon, prépare une expédition en Chine et souhaite s’adjoindre le service de Degoutte. Profitant du trajet et de son talent de polyglotte, le capitaine apprend le chinois. Sur place, il conduit des opérations de renseignement et se bat sur le front, un an durant. Une découverte de la Muraille de Chine plus tard, retour en France et à l’école. Encore une réussite. Son directeur note : “Bravoure incomparable, réflexion, modestie, érudition, tout chez lui est parfait”.

L’amour à Miribel

C’est en 1900 qu’il rencontre et épouse Eléonore Péguet, fille du maire de Miribel. Ils font l’acquisition d’une maison à l’angle de la rue Grobon et la Grande Rue, maison bien connue de nos contemporains lecteurs puisqu’elle accueille la fleuristerie depuis plusieurs décennies. Vient l’Algérie, où il retrouve le général Bayoud. Promu chef de bataillon à Nancy, en 1906, il descend dans la région de Nice et prend le commandement d’un bataillon. Une intervention plus tard, conduite au Maroc, il intègre l’école des maréchaux en 1913 et en sort diplômé alors que se préfigure ce qui deviendra la Première Guerre Mondiale.

Une guerre douloureuse

Vient la Der des Ders. Degoutte s’y illustre, devenant l’un des généraux emblématiques de 14-18 et participe notamment à deux terribles offensives en 1915. Il devient général le 25 mars 1916, plus tôt que prévu, sa hiérarchie, consciente de sa valeur, lui témoigne ainsi une marque de confiance. Il prend alors le commandement de la division marocaine. Degoutte est visionnaire, il réussit où d’autres ont échoué et, à la suite de la guerre, alerte sur des défaillances qui se feront jour après son décès. L’homme a aussi été visionnaire par d’autres aspects. Par exemple, dès 1914, il pousse la réflexion sur la création d’une Croix de guerre qui sera finalement distribuée à plus de deux millions de personnes.
La retraite en solitude
En 1931 débute une retraite qui le conduit, avec son épouse, à Nice. Une vie plutôt isolée les attend, même si le général Degoutte est membre de quelques associations. Au décès de l’amour de sa vie, en 1937, Degoutte, déjà malade, s’affaisse. Un journaliste remarque, un an plus tard, les marques “d’un deuil cruel et trop présent” sur son visage. De retour à Charnay, son village natal, il se rapproche ainsi de Miribel et surtout du tombeau d’Eléonore. Jean-Marie-Joseph Degoutte s’éteint le 30 octobre 1938. Sans enfant, il retrouve son épouse en reposant dans le caveau familial des Péguet. À cet effet, il lègue une somme de 10.000 francs à la ville de Miribel pour l’entretien perpétuel de ce caveau. Dans la matinée du 3 novembre, l’abbé Pozzo di Borgo, curé de la paroisse, et Monseigneur Maisonobe, évêque de Belley, tiennent l’office religieux dans l’église Saint Romain. Une large foule se masse alors dans la Grande Rue, où généraux, officiels, dont Édouard Herriot, et Miribelans se mêlent, formant le cortège accompagnant un homme remarquable.       

K.P.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here