L’automobile face à la fin du diesel: EFI Automotive en pleine mutation

0
639
Béatrice Schmidt-Thollin présente l’un des capteurs au secrétaire d’état chargé des affaires européennes, Clément Beaune

Crise des semi-conducteurs, hausse des coûts, fin du moteur thermique programmée en Europe : après la crise du Covid, l’industrie automobile se trouve face à des défis majeurs. À Beynost, EFI Automotive tente d’évoluer, mais aura besoin de financements pour s’adapter. Le secrétaire chargé des affaires européennes, Clément Beaune, est venu sur place.

C’est un secrétaire d’état curieux de l’évolution de la santé de l’industrie automobile qui a fait le déplacement à Beynost la semaine dernière. Chargé des affaires européennes, Clément Beaune est venu ici pour “illustrer ce que peut être le plan de relance” de 100 milliards d’euros, financé à 40% par l’Europe. Et pas n’importe où, puisqu’il a choisi EFI Automotive, l’un des fleurons industriels de la Côtière, qui a reçu 800.000e à ce titre.
Avec 600 salariés à Beynost, cette entreprise familiale figure parmi les plus gros employeurs du territoire. Spécialiste dans les capteurs, elle fournit bon nombre de constructeurs automobiles – Volkswagen, General Motors, Ford, PSA, Renault…, notamment. Mais aujourd’hui, l’équipementier se retrouve confronté à une profonde remise en cause de son marché, qui est mondial. “On est au cœur d’une époque assez tumultueuse” résume la présidente, Béatrice Schmidt. Il a d’abord fallu faire avec la Covid, entraînant des fermetures de tous les sites en 2020, pour des périodes plus ou moins longues, allant de deux semaines à Beynost à deux mois à Wuhan en Chine. Le premier semestre 2021 semblait annoncer une reprise, avec +25 % par rapport à l’année précédente… mais la crise des semi-conducteurs est venue plomber les prévisions… S’ajoutent à cela l’arrêt de chaînes de production chez des clients, avec des annulations de commandes du jour au lendemain, et la hausse des coûts de 10 % des prix d’achats, que les clients n’acceptent pas forcément de payer. “On est incapable d’absorber ce montant” lance la dirigeante. “Notre combat principal, c’est de récupérer la hausse des coûts. La compréhension des clients est extrêmement perfectible” détaille-t-elle au secrétaire d’état. Pour l’heure, la situation complexe n’a pas entraîné de baisse d’effectifs en France, grâce à la flexibilité liée à l’intérim, contrairement au site américain où il a fallu supprimer des postes.


“Aujourd’hui, une voiture c’est un moteur sur quatre roues. Demain, ce sera un ordinateur sur quatre roues”


Mais EFI doit mener plusieurs batailles de front, toutes aussi essentielles pour sa survie. L’Europe a annoncé en juillet dernier la fin des véhicules émetteurs de CO2 sur son territoire pour 2035. Ce qui signifie la fin des moteurs thermiques. “80 % de notre chiffre d’affaires dépend des moteurs thermiques” indique Béatrice Schmidt. “Aujourd’hui, une voiture c’est un moteur sur quatre roues. Demain, ce sera un ordinateur sur quatre roues.” Fort des 180 ingénieurs œuvrant à la recherche et au développement et de son accélérateur industriel permettant de développer des start-ups innovantes, EFI tente de se positionner sur de nouveaux marchés : véhicules autonomes, mobilité douce, mécatronique, intelligence artificielle. Un moteur de vélo électrique est d’ailleurs bien avancé. Les métiers changent, le savoir-faire évolue sur l’électronique et le soft ware. Pour accentuer cette reconversion de l’activité, EFI s’entoure de partenaires spécialistes à travers l’Europe, et vient d’acquérir l’entreprise Akeo Plus, basée à Château-Gaillard, spécialisée dans le digital, la robotique et l’intelligence artificielle. L’hydrogène, la recharge des voitures électriques sont autant d’autres pistes d’études.

“La période est particulièrement tendue”


La stratégie est la plus large possible, mais permettra-t-elle de compenser à court terme la disparition des marchés actuels ? 30 à 35 millions de chiffre d’affaires sont appelés à disparaître sur les injecteurs diesels, dont l’atelier emploie 120 personnes. Pour l’instant, les marchés indiens et chinois permettent encore de compenser la baisse de l’activité européenne. “Pour l’instant, on a initié un projet d’injection pour l’hydrogène. Mais on n’arrivera jamais au même niveau. C’est un vrai dilemme. Nous avons beaucoup de plans de formation internes, nous jouons la polyvalence et la pluricompétence.” L’argent du plan de relance permettra de financer une nouvelle ligne d’automatisation dédiée à des capteurs pour moteurs électriques intelligents. Celle-ci permet une relocalisation en France d’une activité initialement en Turquie et la sauvegarde d’emplois en France. “2021, 2022 sont très compliqués. J’espère que 2023 ne le sera pas autant. La période est particulièrement tendue. Sur le court terme, il va falloir des solutions. […] Nous aurons besoin d’aides supplémentaires. Le ministre a confirmé la volonté européenne. Au niveau plus local, nous aurons besoin d’aides spécifiques.” Odile Schmidt évoque la possibilité de zone franche et se montre très positive si ce “coup d’accélérateur ponctuel pour avoir les coudées franches et la liberté de se développer” intervient. “À moyen terme, je suis extrêmement confiante sur nos possibilités de rebond. L’Europe nous permet d’avoir une vision. L’hydrogène va arriver. Toute une filière se met en route. Il existe une dynamique”. C.B.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here