Plaine de l’Ain : la guerre du nucléaire est déclarée

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des manifestants vont défiler devant les cheminées de la centrale du Bugey. La coordination SDN Bugey, relayés par plusieurs autres associations et des politiciens écologistes a appelé à un rassemblement national sur le site ce dimanche 3 octobre

Une délégation d’élus de l’Ain s’est rendue au siège d’EDF à Paris afin d’y rencontrer son président Jean-Bernard Lévy. L’occasion pour eux de réaffirmer leur volonté d’accueillir dans la plaine de l’Ain une paire de futurs réacteurs nucléaires. De quoi faire bondir les antinucléaires qui organisent d’ores et déjà leur riposte. Un rassemblement national a lieu à Saint-Vulbas ce dimanche 3 octobre.

La guerre du nucléaire est-elle déclarée ? C’est en tout cas ce qu’estiment les membres du réseau Sortir du Nucléaire (SDN) Bugey. Alors que depuis des années ils luttent pour faire entendre leur voix, réclament à cors et à cris la fermeture d’une centrale du Bugey vieillissante, et alors que cette perspective de fermeture est régulièrement évoquée après plus de 40 années de fonctionnement, voici qu’un nouveau projet nucléaire vient couper les pattes de leur cheval de bataille. Depuis plusieurs mois maintenant, des élus de l’Ain multiplient en effet les appels du pied pour signifier leur intérêt à l’installation de deux nouveaux réacteurs de type EPR2 dans la Plaine de l’Ain. Un intérêt qui s’est manifesté publiquement pour la première fois dès la fin de l’année 2019 sous forme d’un vœu formulé par les élus de la Communauté de communes de la plaine de l’Ain, pour faire écho à la volonté du gouvernement d’implanter six nouveaux réacteurs nucléaires en France. Mais là ou certains voient une manne pour l’économie locale, d’autres y voient une menace. Le réseau Sortir du Nucléaire Bugey s’est immédiatement placé en opposition, estimant notamment que ces prises de position anticipées s’apparentent à un véritable déni de démocratie, puisque jamais les populations locales n’ont été consultées à ce sujet. 
Les élus de l’Ain réaffirment leur volonté d’accueillir de nouveaux réacteurs EPR. La riposte s’organise.
Dans un contexte où la cessation d’activité de la centrale du Bugey paraît de plus en plus inéluctable à moyenne échéance, puisqu’elle est désormais la plus ancienne centrale nucléaire de France en activité depuis l’arrêt de Fessenheim, un collectif d’élus départementaux et régionaux se fait aujourd’hui l’ambassadeur de l’Ain auprès d’EDF. L’ancienne députée de l’Ain et vice-présidente du Conseil régional d’Auvergne Rhône-Alpes, Stéphanie Pernod Beaudon, et son homologue le député Damien Abad, ont ainsi conduit le 17 septembre dernier une délégation aindinoise pour une rencontre au siège parisien d’EDF avec son PDG Bernard Lévy. Les conseillers régionaux Jean-Louis Guyader ou encore Alexandre Nanchi, mais aussi quelques industriels étaient associés à cette démarche, qui visait à réaffirmer la disponibilité du département de l’Ain pour accueillir une paire de réacteurs EPR de type 2 à Saint-Vulbas. Mais dans le camp adverse, la riposte s’organise. Le réseau SDN, associé à des élus Verts de la région, à l’organisation Greenpeace, et à une dizaine d’associations, a d’ores et déjà prévu un grand rassemblement, à portée nationale, le dimanche 3 octobre. “On voit bien que chacun positionne désormais ses pions pour tenter de convaincre EDF et le gouvernement de lui attribuer les futurs réacteurs EPR. La population n’est pas forcément au courant de toutes ces tractations qui se font dans son dos. Cette mobilisation est donc l’occasion de donner davantage de visibilité à notre action et nous souhaitons que tous ceux qui le souhaitent puissent se joindre à nous le 3 octobre à Saint-Vulbas” explique Charlotte Mijeon, porte-parole nationale du réseau SDN. Des navettes gratuites sont mêmes prévues depuis la gare d’Ambérieu à 11h15 et 13h15 afin d’acheminer tous ceux qui souhaiteraient se joindre à ce rassemblement.
Défilé à 14h, animations et sensibilisation des riverains, la mobilisation est prévue dès le matin et pour toute la journée. Les manifestants entendent évidemment dénoncer ce nouveau programme nucléaire qui prend forme, tout en continuant de réclamer l’arrêt de la centrale du Bugey et l’abandon du projet de site de stockage des déchets nucléaires (ICEDA) à Saint-Vulbas. Cette manifestation sera enfin également l’occasion de célébrer symboliquement le 50ème anniversaire d’une des toutes premières manifestations antinucléaires françaises. En juillet 1971, 15.000 à 20.000 personnes avaient en effet manifesté sur le site du Bugey afin de déclarer pacifiquement leur hostilité à la politique du nucléaire. Du jamais vu à l’époque. Certains journaux engagés, tels que Charlie Hebdo, avaient alors largement contribué à mettre en œuvre cette mobilisation nationale considérée comme l’un des événements qui allait véritablement sonner le développement d’un courant écologiste bien plus structuré.

G.R.

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