Agressions : des pros de la santé au bout du rouleau

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Insultes, menaces et parfois même dans les cas les plus extrêmes, des coups qui partent, les professionnels de la santé sont nombreux à dénoncer une détérioration des relations avec leur patientèle ou leur clientèle.
Une situation qui semble s’être considérablement aggravée durant cette crise sanitaire et que dénoncent les différentes corporations médicales
et paramédicales.

Médecins et pharmaciens victimes d’agressions verbales ou mêmes physiques, secrétaires médicales et personnels de santé pris violemment à partie, depuis plusieurs mois, les témoignages d’un climat de plus en plus délétère envers les professionnels du milieu médical affluent, et les différents observatoires de l’insécurité confirment de manière plus factuelle une détérioration sensible de la situation. Au cours du mois d’août, l’Ordre des pharmaciens a ainsi tiré la sonnette d’alarme, dénonçant une nouvelle “hausse significative” des agressions à l’encontre des pharmaciens et employés de laboratoires. Un phénomène qui se serait aggravé très sensiblement depuis le début de la crise sanitaire, et au sujet duquel l’Ordre des pharmaciens avait déjà tenté d’alerter les pouvoirs publics dès le mois de décembre 2020, chiffres à l’appui. Il se faisait alors l’écho de 523 agressions témoignées au cours de l’année qui s’achevait, soit une hausse de 73% par rapport à l’année 2019. Un bilan très loin d’être exhaustif, puisque basé simplement sur des déclarations volontaires des victimes auprès de l’Ordre des pharmaciens.
Force est de constater que ces derniers mois auront été compliqués pour ces professionnels. Ce fut la valse des clients, d’abord furieux de ne pas avoir accès aux masques sanitaires, puis furieux de ne pouvoir être dépistés, furieux ensuite de ne pouvoir être vaccinés ou obtenir le passe sanitaire, selon leurs desiderata…
Il convient également d’ajouter, à l’automne dernier, la pénurie de vaccins contre la grippe, avec en première ligne encore… les pharmaciens. C’est le symptôme d’une “anxiété générale de la population” estime l’Ordre des pharmaciens dans une note, où il explique également avoir été obligé de consolider un réseau départemental de “référents sécurité”, pour apporter une aide et un soutien aux confrères officinaux agressés.

Dans l’Ain, le nombre de médecins agressés a doublé en 2020

Mais ils ne sont pas les seuls à effectuer un tel constat. Les médecins et leurs personnels y vont également du même son de cloche. Le Conseil national de l’Ordre des médecins a dressé en début d’année son bilan du nombre de signalements d’agressions : insultes, menaces de mort, et parfois même, passages à l’acte physique. Selon le rapport de l’Observatoire de la sécurité des médecins, le département de l’Ain a ainsi vu le nombre de signalements d’agressions sur des médecins doubler entre 2019 et 2020. Au total, 22 médecins ont ainsi effectué un signalement l’année dernière, contre 11 la précédente. Il y en a en réalité certainement beaucoup plus, puisque comme pour les pharmaciens, il s’agit uniquement de ceux qui ont fait la démarche volontaire d’en aviser l’Ordre des médecins.

Il entre dans la pharmacie et menace
le personnel pour obtenir son passe sanitaire !


Localement, les témoignages de cette dégradation des rapports humains vis-à-vis des personnels médicaux ou paramédicaux ne manquent malheureusement pas. Une employée de la pharmacie de la Gare à Ambérieu nous le confiait déjà il y a près d’un an, lorsque subitement a débuté une véritable ruée sur les vaccins contre la grippe. Il y a quelques semaines, à la pharmacie du Crêt sur le plateau d’Hauteville, ce sont les gendarmes qui ont dû intervenir pour mettre fin aux velléités d’un client menaçant. L’individu avait des exigences très précises concernant son passe sanitaire. Il ne supportait pas que l’officine ne soit pas en mesure de lui répondre favorablement.
Pour le gérant de la pharmacie, Christophe Lefevre, ce type de comportement est malheureusement devenu quasiment monnaie courante : “Depuis plusieurs mois, on n’arrête pas de nous agresser verbalement, les gens sont clairement tendus et ne supportent plus qu’on ne puisse pas répondre à leurs exigences. Mais nos autorités de tutelle en portent une part de responsabilité et certains effets d’annonce ont été désastreux auprès du grand public. On nous demande d’épauler des centres de vaccination, ce qui crée un afflux chez nous, mais on nous rationne les doses… On nous demande d’éditer les passe-sanitaires mais ce n’est pas notre métier, c’est souvent fastidieux et il ne faut pas oublier que nous devons aussi assurer le fonctionnement de notre pharmacie…. Tout cela ne se fait pas en claquant des doigts” rappelle-t-il.
Aujourd’hui, il ne cache pas ses inquiétudes alors que la plupart des centres de vaccination ont désormais fermé leurs portes, plaçant ainsi les pharmacies au cœur même du dispositif, et que se profile également la campagne de vaccination contre la grippe au cours du mois d’octobre. “Il faut bien reconnaître que la situation est très compliquée. Depuis des mois on navigue quasiment à vue, au gré des annonces. On s’adapte au jour le jour avec les moyens que l’on met à notre disposition, et le public, lui, ne comprend pas nécessairement que nous ne puissions pas répondre à tout ce qu’il entend par ailleurs…”
À bout, les secrétaires de la maison de santé de Lagnieu ferment l’accueil au public
De son côté, l’Ordre des médecins, ne cesse également de lancer des messages d’alerte afin que la profession ne devienne pas la nouvelle cible à abattre. Ces dernières semaines, l’obligation vaccinale aurait même poussé la situation à son paroxysme, avec la multiplication de témoignages de médecins dénonçant de réelles menaces à leur intégrité physique. Dans l’Ain, le président du Conseil départemental de l’Ordre des médecins, le docteur Philippe Lacombe, en appelle surtout à l’apaisement et n’espère qu’une chose : que cet épisode de crise sanitaire cesse le plus vite possible. “Il est aujourd’hui évident que certains patients ont des réactions qu’ils n’auraient pas eu quelques mois auparavant. Dans le milieu médical, beaucoup de professionnels sont complètement épuisés après des mois de pression. Il y a les médecins, bien entendu, mais aussi, bien-sûr, leurs secrétaires qui sont les premières exposées au public. Elles exercent un travail bien difficile, sont soumises a d’importantes pressions…”. Dans l’Ain, de partout, les secrétariats médicaux “explosent”. Elles seraient aujourd’hui de plus en plus nombreuses à être en arrêt, en situation de “burn out” avéré, ce qui ne fait qu’amplifier encore davantage les tensions dans un département déjà malade de sa démographie médicale, parmi les plus basses du pays. C’est dans ce contexte qu’il y a une quinzaine de jours, à Lagnieu, les secrétaires médicales de la Maison de santé pluridisciplinaire du Bramafan ont pris la décision de fermer purement et simplement l’accueil au public durant une semaine. Une action symbolique et pleinement soutenue par les médecins du centre : “C’est un peu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La rentrée est toujours une période très chargée, mais là, ce n’était plus tenable. Lorsque dès le lundi matin la première personne à se présenter, qui plus est sans rendez-vous, vous agresse verbalement, vous dites stop” nous explique l’une d’elles.
“J’ai moi-même travaillé durant quarante ans à Lagnieu, et j’ai été l’un des artisans de la création de cette maison médicale, alors oui, tout cela me touche. Que ce soit la désertification médicale de l’Ain ou la crise sanitaire, les médecins ne sont pas responsables de cette situation, pas plus que les secrétaires les pharmaciens, les personnels de labos ou d’hôpitaux. Pourtant ce sont bien souvent eux qui en payent les conséquences. Il faut absolument un retour au calme, que les esprits s’apaisent je voudrais que tout cela se termine rapidement…” conclut le président du Conseil départemental de l’ordre des médecins.

G.R.


Localement, les témoignages de cette dégradation des rapports humains vis-à-vis des personnels médicaux ou paramédicaux ne manquent malheureusement pas. Une employée de la pharmacie de la Gare à Ambérieu nous le confiait déjà il y a près d’un an, lorsque subitement a débuté une véritable ruée sur les vaccins contre la grippe. Il y a quelques semaines, à la pharmacie du Crêt sur le plateau d’Hauteville, ce sont les gendarmes qui ont dû intervenir pour mettre fin aux velléités d’un client menaçant. L’individu avait des exigences très précises concernant son passe sanitaire. Il ne supportait pas que l’officine ne soit pas en mesure de lui répondre favorablement.
Pour le gérant de la pharmacie, Christophe Lefevre, ce type de comportement est malheureusement devenu quasiment monnaie courante : “Depuis plusieurs mois, on n’arrête pas de nous agresser verbalement, les gens sont clairement tendus et ne supportent plus qu’on ne puisse pas répondre à leurs exigences. Mais nos autorités de tutelle en portent une part de responsabilité et certains effets d’annonce ont été désastreux auprès du grand public. On nous demande d’épauler des centres de vaccination, ce qui crée un afflux chez nous, mais on nous rationne les doses… On nous demande d’éditer les passe-sanitaires mais ce n’est pas notre métier, c’est souvent fastidieux et il ne faut pas oublier que nous devons aussi assurer le fonctionnement de notre pharmacie…. Tout cela ne se fait pas en claquant des doigts” rappelle-t-il.
Aujourd’hui, il ne cache pas ses inquiétudes alors que la plupart des centres de vaccination ont désormais fermé leurs portes, plaçant ainsi les pharmacies au cœur même du dispositif, et que se profile également la campagne de vaccination contre la grippe au cours du mois d’octobre. “Il faut bien reconnaître que la situation est très compliquée. Depuis des mois on navigue quasiment à vue, au gré des annonces. On s’adapte au jour le jour avec les moyens que l’on met à notre disposition, et le public, lui, ne comprend pas nécessairement que nous ne puissions pas répondre à tout ce qu’il entend par ailleurs…”
À bout, les secrétaires de la maison de santé de Lagnieu ferment l’accueil au public
De son côté, l’Ordre des médecins, ne cesse également de lancer des messages d’alerte afin que la profession ne devienne pas la nouvelle cible à abattre. Ces dernières semaines, l’obligation vaccinale aurait même poussé la situation à son paroxysme, avec la multiplication de témoignages de médecins dénonçant de réelles menaces à leur intégrité physique. Dans l’Ain, le président du Conseil départemental de l’Ordre des médecins, le docteur Philippe Lacombe, en appelle surtout à l’apaisement et n’espère qu’une chose : que cet épisode de crise sanitaire cesse le plus vite possible. “Il est aujourd’hui évident que certains patients ont des réactions qu’ils n’auraient pas eu quelques mois auparavant. Dans le milieu médical, beaucoup de professionnels sont complètement épuisés après des mois de pression. Il y a les médecins, bien entendu, mais aussi, bien-sûr, leurs secrétaires qui sont les premières exposées au public. Elles exercent un travail bien difficile, sont soumises a d’importantes pressions…”. Dans l’Ain, de partout, les secrétariats médicaux “explosent”. Elles seraient aujourd’hui de plus en plus nombreuses à être en arrêt, en situation de “burn out” avéré, ce qui ne fait qu’amplifier encore davantage les tensions dans un département déjà malade de sa démographie médicale, parmi les plus basses du pays. C’est dans ce contexte qu’il y a une quinzaine de jours, à Lagnieu, les secrétaires médicales de la Maison de santé pluridisciplinaire du Bramafan ont pris la décision de fermer purement et simplement l’accueil au public durant une semaine. Une action symbolique et pleinement soutenue par les médecins du centre : “c’est un peu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La rentrée est toujours une période très chargée, mais là, ce n’était plus tenable. Lorsque dès le lundi matin la première personne à se présenter, qui plus est sans rendez-vous, vous agresse verbalement, vous dites stop” nous explique l’une d’elles.
“J’ai moi-même travaillé durant quarante ans à Lagnieu, et j’ai été l’un des artisans de la création de cette maison médicale, alors oui, tout cela me touche. Que ce soit la désertification médicale de l’Ain ou la crise sanitaire, les médecins ne sont pas responsables de cette situation, pas plus que les secrétaires les pharmaciens, les personnels de labos ou d’hôpitaux. Pourtant ce sont bien souvent eux qui en payent les conséquences. Il faut absolument un retour au calme, que les esprits s’apaisent je voudrais que tout cela se termine rapidement…” conclut le président du Conseil départemental de l’ordre des médecins.
G.R.

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