Kem One bientôt vendu à un fonds d’investissement : l’inquiétude des salariés

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Alain De Krassny a repris l’entreprise alors qu’elle était en redressement judiciaire (crédit photo : Laurent Cérino/REA)

Après être passée tout près du dépôt de bilan, depuis fin 2013, Kem One a connu un redressement exceptionnel. Aujourd’hui, son propriétaire est entré en négociation pour vendre le groupe à un fonds d’investissement américain. Les salariés craignent pour l’avenir de l’entité.

Ex-Arkema, ex-Atofina, ex-Atochem et bientôt ex-Kem One ? C’est ce qui se profile dans ses prochains mois pour le groupe qui possède une usine de PVC sur la plateforme chimique de Balan. Depuis fin juin, les représentants des salariés avaient été informés par le président du groupe, Alain de Krassny, que des contacts étaient en cours avec des fonds d’investissement américains en vue de céder le groupe. Le 10 septembre dernier, il était confirmé qu’une “négociation exclusive” était entamée et qu’une option de vente avait été signée à cette date pour les huit sites industriels du groupe, qui comptent 1.400 salariés. Parmi eux, l’usine de PVC de Balan, qui emploie aujourd’hui 170 salariés.
Kem One a été repris à la fin de l’année 2013 par l’industriel autrichien dans un état délétère, après son acquisition par le groupe américain Klesch, spécialisé dans la reprise des entreprises en difficulté et décrit à l’époque comme un “fossoyeur” par les organisations syndicales. La mobilisation avait été nationale pour sauver le groupe, avec la venue du ministre de l’Industrie de l’époque, Arnaud Montebourg, à Balan. Depuis qu’Alain de Krassny est à sa tête, l’entreprise a connu une évolution fulgurante ces dernières années, grâce à une très lourde stratégie d’investissement de plus de 500 millions d’euros. Un apport indispensable pour la survie des unités, tant en terme de normes que de productivité. Aujourd’hui, Kem One est devenu l’un des leaders européens dans la fabrication de PVC. Son grand patron arrivant à un certain âge, il n’a pas d’autre choix que de la céder. Mais, voir arriver un fonds d’investissement crée nécessairement des inquiétudes parmi les salariés.

“On sait que les fonds d’investissement ne sont pas des philanthropes”

Emmanuel Piccioli, délégué syndical CGT et secrétaire du Comité Social et Économique de Balan, décrit : “Kem One n’a jamais gagné autant d’argent. On tourne à plein les ballons, c’est du jamais vu. On sait que les fonds d’investissement ne sont pas des philanthropes. On est inquiet, car on avait un patron industriel et on va se retrouver avec un système comme Arkema, où il fallait rétribuer des actionnaires. Le système, on le connaît, on travaille pour rétribuer les actionnaires pour les retraités américains. Alors, oui il y a eu de gros investissements sur Lavera, sur Balan… Mais on est inquiets pour le site de Saint Fons car il a de gros problèmes techniques et pas d’investissement sur les nouveaux outils.” La cession est prévue à périmètre constant. Mais après “Apollo décidera de la politique salariale. Ils détiennent actuellement Saint Gobain, devenu Verallia, ils ont fermé un site sur les sept. Ils avaient racheté Ascométal, qui ne fait plus partie du paysage.” Pour la CFDT, Salvatore Vicari exprime des craintes similaires : “On ne sera pas sur le même modèle économique et globalement, les fonds d’investissement sont là pour réussir une opération financière à court et moyen terme.”[…] “Nous allons demander des garanties en terme de stratégie d’investissement pour que l’on soit dans la continuité d’Alain De Krassny. Nous allons aussi poser des questions sur la partie sociale. Les premières annonces sont plutôt rassurantes, mais cela ne reste que des annonces.”

L’opération pourrait être effective fin 2021-début 2022

Les représentations des salariés auront sans doute plus d’informations le 29 septembre, lors d’un Comité Social et Économique Central. Plusieurs étapes devront ensuite être franchies pour que la cession ait lieu : la réalisation des expertises demandées par les instances représentatives, puis l’obtention d’autorisations de la part de l’autorité de la concurrence européenne et de l’état français. L’opération pourrait être effective fin 2021 ou début 2022.

C.B.

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