Les distributeurs de CBD fleurissent

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Éric Perrin devant l’un des distributeurs de la Côtière

Autorisé depuis quelques mois, le cannabidiol commence à faire partie du paysage local, avec même l’implantation de distributeurs le long des routes. Certains s’émeuvent de voir ce produit issu du chanvre ainsi accessible à tous, tandis que d’autres décrivent ses bienfaits. Néanmoins, juridiquement, tout n’est pas encore figé en France.

Au cours de l’été, ils ont fleuri dans l’Ain : des distributeurs automatiques de CBD ont fait leur apparition aux Echets, le long de la D1083, à La Boisse, sur la D1084, tandis que le produit est également disponible dans certains commerces des centres-villes et des boutiques lui sont complètement consacrées à Ambérieu et à Lagnieu. Sur la Côtière, des vélléités d’installations seraient en cours dans le secteur de Miribel.

Huiles, fleurs, tisane, sur une pizza ou en sauce

Sous forme d’huiles, de fleurs, de tisanes ou de résine, le Cannabidiol est en fait vanté pour ses vertus “apaisantes”, “relaxantes” et de “bien-être.” Il ne peut être fumé, mais peut être consommé en infusion, en cuisine dans une sauce, sur un steak ou une pizza… Contrairement à son cousin, prohibé car produit stupéfiant, il ne contient pas de THC – avec un taux maximal autorisé de 0,2 %.
Karine et Nadia sont les deux propriétaires des distributeurs installés sur la Côtière. “Je suis migraineuse” explique Nadia. “Quand on m’a parlé de l’huile de CBD pour apaiser mes douleurs, j’étais réfractaire au départ, je n’y croyais pas. Et puis ça a été miraculeux” explique-t-elle. Pour Karine, c’est son père souffrant d’arthrose qui a été soulagé par le produit. “Cela a été super-efficace. Si j’ai installé ce distributeur, c’est parce que je crois aux vertus du produit.” Toutes deux perçoivent ainsi un complément de revenus, tout comme Éric Perrin, originaire de Saint-André-de-Corcy, qui leur a vendu les machines, comme il le fait depuis un an et demi. Lui-même est infirmier de profession. “J’ai connu le CBD par mes patients. J’ai découvert un potentiel intéressant.” Il constate que la clientèle du CBD est plutôt âgée, de 30 à 80 ans. “J’ai des clients très âgés qui viennent dans les machines. Le CBD souffre d’une mauvaise image à cause de son cousin. Mais l’OMS a clairement expliqué que le CBD n’entraîne pas de dépendance, d’accoutumance, ni d’effet psychotrope.”

Une ambiguïté entretenue

Mais cette présence ne fait pas l’unanimité et interroge. La feuille de chanvre pour illustration, les tisanes aromatisées baptisées par exemple AK-47 ou les noms à connotation sèment l’ambiguïté. La boutique de Bourg-en-Bresse baptisée CBD’eau, prononcer Cébédo, fait clairement référence au terme “bedo” qui désigne un morceau de haschisch. Alors, où est la légalité dans tout cela ? La gendarmerie et la police municipale ont constaté la présence des distributeurs sur notre territoire, sans que rien ne puisse leur être reproché. N’étant pas considéré comme psychotrope, la vente du CBD a été autorisée en France, non pas par la législation nationale, mais par la Cour européenne de justice en novembre 2020.

Interdit aux mois de 18 ans : “une précaution

C’est Éric Perrin qui a commercialisé les deux distributeurs présents sur la Côtière. Lui-même est infirmier. Il défend son produit : “Le cannabidiol est un cannabinoïde. Il existe 200 cannabinoïdes différents. Un seul contient du THC.” Par précaution, une interdiction aux moins de 18 ans est apposée sur les distributeurs, ainsi qu’une information sur l’utilisation. De toute façon, pour Éric Perrin, les adolescents ne sont pas les clients visés par ces distributeurs. Il estime qu’il ne permettra pas de franchir un pas vers l’addiction aux produits stupéfiants. “Les produits vendus n’ont pas d’effet de défonce. Les ados ne sont pas notre cible. Notre produit représente un budget quand même. Avec 10 euros, on peut faire quatre tisanes. C’est plus cher qu’un morceau de shit que les ados trouveront ailleurs.” Et de rappeler que les produits sont tracés, venus d’Europe, respectant la réglementation. “À chaque fois que nous recevons le produit, nous avons les analyses qui confirment la traçabilité et la légalité en terme de THC” explique Karine. Contrairement à ce qui peut être vendu sur internet sous le nom de CBD, mais qui en fait peut avoir un lourd effet d’accoutumance et être parfois plus nocif que le cannabis.

Une législation en construction

Néanmoins, la législation actuelle n’est pas forcément celle de demain. Contrainte par l’Europe et le libre-échange sur le territoire, la France préparait un arrêté plus restrictif que ce qui est actuellement toléré, autorisant la production et la commercialisation sous forme d’huile notamment, mais excluant les fleurs de CBD sous toutes leurs formes. Or, ce sont bien les fleurs qui sont principalement consommées. Ce souhait a été remis en cause par la Cour de Cassation.

C.B.

Annick, 76 ans : “J’ai repris goût à la vie”

Annick est d’une polyneuropathie axonale et d’une souffrance pluriradiculaire chronique. Elle se déplace difficilement, sur quelques mètres, effectue ses sorties en fauteuil roulant et ne peut plus se déplacer seule. Elle a emménagé au début de l’année 2021 dans un appartement adapté pour les personnes handicapées. “Pour résumer, je me paralyse doucement mais sûrement et je souffrais d’atroces douleurs qui ne peuvent être soignées qu’avec de la morphine ou ses dérivés. Or, je fais une allergie.” Pendant des mois, la septuagénaire résidant à proximité de la Côtière souffre. “J’en étais arrivée à un point où j’avais de mauvaises idées…” Devant cette souffrance, sa petite fille lui parle du CBD. “Je lui ai d’abord dit qu’elle était folle. J’ai toujours été anti-drogue. Je n’ai jamais fumé de cannabis. Puis je me suis renseignée, j’ai vu que le CBD venait d’être autorisé en France. Je tenais à garder toute ma tête. J’ai demandé à mon médecin et il m’a dit de foncer. Ma petite fille m’a envoyé une boîte. J’en ai pris le soir. Le premier matin, pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis réveillée après une nuit sans douleur. Mes épaules bougeaient. C’était une renaissance. C’est formidable. Les deux premiers mois, je n’avais plus aucune douleur. Maintenant, elles reviennent de temps en temps, 5 ou 10 minutes, mais c’est supportable. Je peux maintenant faire quelques pas depuis mon canapé jusqu’à ma table sans béquille. Je dors très bien.” Annick prend son CBD depuis le mois de mars. Celui-ci ne stoppe pas l’évolution de la maladie. “Le CBD ne soigne pas. J’ai simplement moins mal, alors je marche mieux. Mais j’ai repris goût à la vie, je lis beaucoup. Je n’angoisse plus pour aller aux repas de familles, où il fallait faire bonne mine malgré les douleurs violentes. Tous ceux qui me connaissent voient la différence.”

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