Questions à… Joël Montigny : “Peindre, c’est un geste d’enfant prolongé”

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Joël Montigny, beynolan d’origine, était présent à la villa Monderoux il y a quelques jours. Rencontre avec cet artiste fidèle à sa commune natale.

Vous revenez après une année de pause due à la crise sanitaire. Comment vivez-vous cette reprise ?
C’est ma troisième exposition de la saison seulement. L’année dernière, j’avais dû annuler mon exposition à Beynost, comme la moitié de mes expositions. J’ai perdu la moitié de mon chiffre sans bénéficier d’aide, je n’en avais pas demandée et, de toute façon, je n’avais droit quasiment à rien. Artiste peintre, c’est une profession libérale, c’est le prix de la liberté.

Est-ce que ce contexte, unique, a influencé votre créativité ?
Cela n’a pas eu d’impact sur ma création : elle est totalement indépendante de la vente et de la promotion. Quand je peins, je ne pense pas que ce sera vendu, c’est une démarche très intime, on peint pour soi et ensuite on présente au public en essayant de le capter. Quand j’expose j’oublie même que ce sont mes propres tableaux, parce que ce n’est pas évident, il y a une certaine retenue. Pour me sentir plus libre, je scinde intellectuellement les deux activités. Mais j’ai profité du confinement pour déménager. Je suis maintenant entouré de champs et cela m’a influencé sur la création. Dans ma vie, j’ai déménagé dix-huit fois, j’aime déménager.

Vous pouvez apprécier le retour du contact avec le public. Quel est votre sentiment à cet égard ?
Ca marche très bien, comme ça marchait très bien avant. On est au mois de juillet et, forcément, il y a moins de monde qu’en octobre, parce qu’une partie des gens est partie en vacances, ce qui est indépendant de la conjoncture. Mes deux autres expositions, à Lons-le-Saunier et Paray-le-Monial, ont aussi bien fonctionné que les précédentes. Les gens sont contents de revenir, de retrouver de la vie, des couleurs.

Dans cette nouvelle exposition beynolane, quelles oeuvres avez-vous présenté ?
J’ai apporté de nouveaux tableaux. Comme je vends presque tout chaque année, ce sont souvent de nouveaux tableaux. J’ai toujours quelques tableaux sur Beynost, que je réserve pour cette exposition l’église, la mairie, la rue Centrale, une vue de chez mes parents… J’ai mis des tableaux en noir et blanc, des cadres avec le parrainage d’artistes dont j’ai peint le portrait, dont certains sont récents avec, en 2019, Marc Lavoine, Nicoletta, Francis Huster, Pierre Perret, Marie-Christine Barrault, Nolwenn et Sanseverino. On retrouve des portraits de femmes, des paysages de neige, ce qui n’est pas courant dans ma production…

C’était une envie, ces paysages de neige ?
Oui, je suis très sensible à ces paysages chez les autres peintres. Chez Sisley, je trouve cela très émouvant par exemple mais, curieusement, j’en ai rarement fait. Je ne sais pas pourquoi. J’utilise beaucoup les jaunes, les soleils, mais ces paysages enneigés me touchent et je veux en faire plus, ça me parle.

C’est la preuve aussi qu’un artiste se renouvelle constamment…
J’ai toujours envie de peindre, c’est mon moteur, je m’ennuierais si je ne peignais pas. Je puise aussi dans les souvenirs pour créer : je présente des paysages de Bretagne qui sont des souvenirs d’enfance. La nostalgie est souvent un moteur dans ma création, je suis un nostalgique heureux. Il y a aussi des scènes de ma jeunesse, une des années soixante avec ma tante et mes cousins, une autre de moi à 29 ans avec ma fiancée de l’époque.

Donc vous avez des images qui vous reviennent et que vous peignez ?
Oui, des photos ou des images qui m’évoquent des souvenirs assez tendres. J’essaie de restituer des moments anciens ou présents avec une note à la fois nostalgique et positive. Je peins aussi des scènes de vie, que l’on peut retrouver. J’ai toujours aimé peindre l’instant. Je suis fasciné par la fuite du temps. Fixer le mouvement, c’est comme si on arrêtait le temps, c’est un fantasme illusoire.

On retrouve ce sentiment du temps figé chez certains photographes.
Je suis assez fasciné par la photographie.

Ce n’est pas votre art premier mais, justement, pensez-vous un jour exposer certaines de vos photographies ?
C’est possible, pourquoi pas. C’est vous qui m’en donnez l’idée !

Vous proposez aussi une série inédite et originale, avec différentes couches. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
C’est une nouvelle série, des pastels en noir et blanc, rehaussés avec de la couleur et avec de l’acrylique par-dessus. Ca fait un peu penser à du street art avec trois plans superposés. C’est de la cuisine, la peinture, donc on s’amuse, on rajoute, ce n’est pas quelque chose de sérieux ou de grave. Si on rate un tableau ce n’est pas grave, c’est très ludique. Je pense qu’il faut peindre avec passion, sincérité mais aussi désinvolture : c’est un geste d’enfant prolongé.
K.P.

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