Dérives sectaires : le point sur la situation dans l’Ain

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Les personnes isolées et fragilisées sont principalement ciblées

Les dérives sectaires font l’objet d’une surveillance attentive de la part du gouvernement. Le survivalisme, le complotisme ou le bien être constituent aujourd’hui les principales portes d’entrée qui conduisent à une dépendance financière et psychologique. Dans l’Ain, la situation n’est pas inquiétante, mais quelques victimes ont contacté l’AVEMA (Association d’Aide aux Victimes Et Médiation de l’Ain) ces derniers mois. La directrice, Sophie Dupuis-Fontaine, répond à nos questions.

Le phénomène des dérives sectaires est-il présent dans l’Ain ?
Si l’on remonte à quelques années en arrière, nous avions eu un gros dossier avec Raël, sur le Pays de Gex, où ils recrutaient des jeunes filles vierges blondes aux yeux bleus. Nous n’avons rien de cet ordre-là actuellement. Mais depuis un an et demi, les dérives concernent plutôt le développement des médecines douces et des coaches de vie. Dix à quinze personnes se sont présentées. On ne peut pas dire que ce sont des sectes au sens propre du terme. Mais nous avons eu par exemple un iridologue qui, sous couvert de la couleur de l’œil, commercialisait des boissons sans aucun effet. Les clients donnent de l’argent, ils sont quand même sous emprise. Un naturopathe kinésithérapeute a aussi été radié de l’ordre des kinésithérapeuthe.

Comment les victimes que vous recevez ont-elles été attirées ?
Le bien-être, l’organisation de la vie constituent la porte d’entrée, d’autant plus depuis le Covid et le confinement. On laisse penser que si on achète des produits ou que l’on va au rendez-vous, on sera épargné par la crise sanitaire. Les personnes ciblées sont déjà fragilisées et ont des parcours de vie compliqués : agression, burn-out au travail, relations sociales coupées… Beaucoup de contacts se font sur internet, via les réseaux sociaux, des groupes de discussion. Il est facile d’aller chercher une personne seule et d’arriver à l’accrocher.

Les médecines dites douces se développent beaucoup. A quel moment bascule-t-on dans les dérives sectaires ?
Les personnes visées sont fragilisées, isolées. Il existe un rapport financier, une emprise psychologique, physique, matérielle, une obligation d’acheter ou de suivre des rendez-vous ou des réunions. La personne doit avoir la capacité de dire stop à tout moment. Si le professionnel demande des choses que l’on ne veut pas faire, il y a un problème. Et puis, avec du recul, on se rend compte que les prestations vendues sont inutiles.
Si une personne ne se sent pas bien, on la renvoie chez son médecin traitant. Il existe des professions organisées, avec des ordres.

Quel est le rôle de l’AVEMA ?
Nous accompagnons les victimes, jusqu’au dépôt de plainte. On est généralement dans de l’escroquerie au niveau pénal. Pour sortir les personnes de cette mauvaise passe, nous proposons un accompagnement psychologique, qui leur permet de revenir dans un monde “normal.” Elles arrivent ensuite à reprendre une vie normale, d’autant plus facilement avec le déconfinement et le retour des activités.

Qui vous contacte généralement et quel est l’élément déclencheur ?
La plupart ont pris contact directement, soit par notre numéro à l’accueil, soit par messagerie privée via les réseaux sociaux, suite à des soucis financiers notamment. Parfois, c’est l’entourage amical ou familial qui s’inquiète et qui nous appelle. C.B.

Contact AVEMA : 04.74.32.27.12.

Une surveillance renforcée au niveau national et un appel à projet lancé

Il y a quelques semaines, le ministère de l’intérieur, par la voix de la ministre déléguée Marlène Schiappa, annonçait le renforcement des moyens alloués à la lutte contre les dérives sectaires, dressant le constat d’une augmentation des signalements de 40 % entre 2015 et 2020. Sur les 3.008 signalements au niveau national, 40 % concernait le domaine de la santé et du bien-être. Les survivalistes sont également sous surveillance, notamment suite au dramatique fait divers d’Ambert (63), qui s’est soldé par la mort de trois gendarmes, mais aussi l’enlèvement de la petite Mia
Dans l’Ain, le phénomène “est surveillé, mais il ne représente pas une activité importante ou inquiétante” explique la préfecture. “En revanche, comme ailleurs en France, nous observons de près surtout des déviances dites guérisseuses, poussées notamment par l’essor numérique et la mode du “ressourcement”, qui peuvent toucher des publics vulnérables.” Lucie Roesch, directrice du Cabinet de la Préfecture, est la référente départementale et anime la lutte contre les dérives sectaires. Le sujet peut être abordé lors des réunions concernant l’ordre public, en lien avec les forces de l’ordre, le renseignement territorial… mais aussi, si besoin, avec les associations que sont l’UNADFI ou l’AVEMA. Si besoin, des contrôles peuvent être menés dans les établissements recevant du public et les signalements sont remontés à la Miviludes (mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Cette dernière a été rattachée au ministère de l’intérieur et dotée d’une nouvelle feuille de route, pour améliorer le traitement des affaires.
Du côté de la justice, le procureur de la République, Christophe Rode, ne constate “pas de recrudescence. Il n’y a pas beaucoup de procédures et ce sont plutôt des personnes isolées qui pronent des méthodes naturelles aux confins du charlatanisme et de l’abus. Mais pas d’organisme qui se serait implanté.”
Un appel à projets national est d’ailleurs en cours jusqu’au 20 juin auprès des associations et acteurs de terrain en ce sens. Doté d’un million d’euros – soit dix fois de moyens, c’est dire si l’on part de loin – ce fonds doit permettre de financer à la fois une meilleure prévention, formation, détection des pratiques déviantes, mais aussi la prise en charge des victimes.

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