La commune réclame les loyers reportés pendant le confinement

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Les commerces ayant pour bailleur la ville de Miribel ont bénéficié d’un report des loyers en raison du confinement. Aujourd’hui, les montants sont réclamés. La décision passe difficilement.

Le courrier reçu ces derniers jours par les commerçants de l’ilôt Saint-Romain a du mal à être digéré. Contraints à la fermeture en raison du confinement, les loyers d’avril et mai 2020 avaient été reportés par la commune, propriétaire. Mais aujourd’hui, ils doivent s’en acquitter : “Dans le cadre de la clôture des comptes 2020, je vous informe que les titres de ces loyers seront émis prochainement” signe le maire Jean-Pierre Gaitet. C’est un “gros coup sur la tête” pour Cilia Ciabrini, gérante de Studio Magnolia, qui s’est épanchée sur les réseaux sociaux. Installée depuis fin 2019, la commerçante se dit “épuisée de constater que cette commune n’a aucun sens de la valorisation du territoire et du maintien des commerçants dans son centre-ville […] Que dois-je faire ? Gagner moins pour payer plus ? Poser ma dédite et détruire ce que j’ai mis tant de cœur à construire ?” Un autre commerce voisin est aussi concerné, Comptoir Mode, ainsi que la tapissière, qui se trouve dans l’ancienne vidéothèque, et un commerce échetois. L’incompréhension est aussi vive que l’inquiétude chez les commerçants. Amandine Arod, gérante du Petit boudoir, commente un comportement “honteux ! […] quel manque de soutien”, avis partagé par Anne Marragou, “j’ai reçu la même lettre, je suis bien triste”.


“Je ne veux simplement pas mettre la clé sous la porte”


Contactée, Cilia Ciabrini appuie sur l’aspect “moral. Le nœud du problème n’est pas tellement financier, mais c’est le manque de soutien”. Pour elle, “il n’y a pas de véhémence à avoir vis-à-vis de la mairie. Je ne veux simplement pas mettre la clé sous la porte, il y a des difficultés dues au contexte actuel mais mon activité marche!” Elle doit d’ailleurs signer un nouveau bail dans l’année et compte dessus après de gros sacrifices : “En 2019, j’ai mis toutes mes économies dans la création du local, je n’ai pas pu créer de trésorerie. En 2020, je ne me suis pas payée. Je dois faire des Prêts Garantis par l’Etat pour payer les loyers et je vais devoir faire une rallonge pour payer ceux réclamés”. A titre indicatif, son loyer mensuel se monte à 700 euros. La mairie a “même augmenté mon loyer fin 2020 en l’indexant, ce qui n’était pourtant pas obligatoire”. Cilia Ciabrini a rencontré le maire “au début du mandat. Une réfection des trottoirs est nécessaire pour être aux normes, ce qui n’est toujours pas le cas. On n’a pas de local poubelle, pas de lumière… Il nous a dit qu’il ne ferait rien et que lui préférerait tout écrouler dans un futur mandat. Depuis, nous n’avons eu aucune proposition”. Jérôme Boyet, gérant du commerce de La Ferme de Miribel, a tenu à informer : “J’ai toujours payé mes loyers, j’ai même demandé à ne pas être exonéré après le premier confinement”. […] “En tant que commerce n’ayant pas eu à fermer, ce serait honteux de me sentir lésé si la mairie accordait cette exonération uniquement à ceux n’ayant pas pu travailler et pour lesquels elle est le bailleur”.
Lors du dernier conseil municipal, Sylvie Viricel a interrogé la majorité qui lui a succédé sur ce sujet. Elle a exprimé le regret que “nous ne soyons pas moteur au niveau de l’aide aux commerces. Quatre commerces sont en grande souffrance. J’avais évoqué en décembre le fait que je m’étais engagée, mais je ne pouvais pas suspendre le loyer sans le vote du conseil municipal. […]A peine ouverts, ces commerces n’ont pas pu travailler […] Il faudrait réagir et les aider, ce n’est pas énorme mais ça permet à ces commerçants de passer le cap”. Concernant le commerce échetois, “on a pris en charge les frais d’huissier et on a mis en place un étalement de la dette” précise Jean-Pierre Gaitet. Il motive son refus de suppression des loyers par une volonté d’équité : “Comment, dans un but d’égalité, je pourrais privilégier les commerces de l’ilot Saint Romain alors que les autres commerçants, qui paient à des particuliers ou sont propriétaires de leurs murs subissent la crise de la même manière?” Anne-Christine Dubost, adjointe, argue que “les commerces de bouche diront également qu’ils sont en difficulté et on a aucun moyen de contrôler”. Un autre axe de la majorité est porté par Jean-Marc Bodet qui insiste sur une vision d’ensemble : “On essaie de relancer le commerce local par l’installation d’un parking et d’un projet structurant au niveau du centre-ville. On est sur ce soutien au dynamisme du commerce. Ce n’est pas les peccadilles qui pourront aider substantiellement ces commerces à vivoter. Nous, on est sur le long terme, sur l’équité”. En outre, revenant sur les annonces de Bruno Le Maire, Jean-Pierre Gaitet indiqua que “les commerces qui ont ouvert au début de la crise vont toucher les aides” et que ce sera rétroactif. K.P.

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