Des commerçants lancent un appel à l’aide et réclament un soutien des collectivités locales

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Lorane voit petit à petit son rêve de faire perdurer un commerce familial se transformer en véritable cauchemar. Elle dénonce l’absence totale de soutien et a l’impression de disparaître dans l’indifférence générale

Plusieurs commerçants de Lagnieu contraints de stopper toute activité en raison de la crise sanitaire, ne décolèrent pas. La deuxième vague du Covid-19 vient fragiliser encore davantage des commerces déjà bien meurtris après l’épisode du printemps dernier. Ils lancent un ultime appel à l’aide avant que ce ne soit trop tard. Nous avons recueilli deux témoignages de commerçants en grandes difficultés.

Le 30 octobre dernier, les nouvelles annonces du président de la République sont tombées comme un couperet. Un véritable “coup de poignard dans le dos” pour les commerçants même si la plupart s’y attendaient. Partagés entre inquiétudes et colère, quelques-uns ne cachent pas qu’ils ne savent plus comment ils pourront s’en sortir et s’interrogent sur la distribution des aides annoncées, qui de toute façon, ne permettront pas de combler les pertes enregistrées.
À Lagnieu, certains commerçants n’ont pas hésité à clamer haut et fort leur cri de détresse. Nous avons rencontré deux de ses commerçantes qui affichent des revendications différentes pour une même cause : assurer la survie du commerce local. Ainsi, Sandra Volo, maître torréfacteur depuis de nombreuses années ne décolère pas. Elle ne comprend toujours pas pourquoi on l’empêche d’ouvrir son commerce : “Que veut dire commerce essentiel ou pas essentiel ? Tout cela n’est pas clair du tout. Comme on m’impose une fermeture, en attendant je propose des produits à emporter le matin et l’après-midi et je livre les personnes qui ne peuvent pas se déplacer ou qui préfèrent rester confinées. On sait que nos députés sont derrière nous, Charles de la Verpillière, Alexandre Nanchi ou Damien Abad, on voit bien qu’ils montent au créneau pour dénoncer cette fermeture des commerces de proximité. Mais rien ne change. Pourtant on s’investit, on est passionnés par notre métier mais on ne peut même pas l’exercer Ce n’est pas normal ! On sait qu’au niveau du Département et de la Région, certains élus essayent de faire bouger les lignes, mais tout en haut, c’est une autre affaire, ils sont déconnectés du terrain”.
Sandra Volo est d’autant plus remontée que pour elle, le danger sanitaire ne se situe clairement pas dans les petits commerces qui ont fait preuve d’une rigueur exemplaire depuis le début de la crise sanitaire. A contrario, elle estime que ce n’est pas partout pareil : “On autorise les grandes surfaces à vendre sans aucun respect des gestes barrières, ni désinfection client après client…Alors que nous, on est capables de faire rentrer une personne à la fois, on désinfecte systématiquement, on peut contrôler le flux de clients entrants. On ne nous prend pas au sérieux, on nous empêche tout simplement de faire notre travail alors que nous prenons toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de nos clients et la nôtre ! J’ai reçu lors du premier confinement une aide financière, c’est mieux que rien mais pas suffisant. J’ai dû trouver des solutions afin de ne pas sombrer. Je ne vous parle pas de mes nombreuses nuits blanches, personne n’a idée de ce que l’on vit”.

Lorane, obligée de s’inscrire dans une agence Intérim pour survivre

Un peu plus loin, pour Lorane, propriétaire depuis 2018 d’une affaire familiale, le bar « le Malibu », tenu par sa maman durant 20 ans, l’horizon est également bien sombre. Ici, pas d’activité à emporter ou quoi que ce soit pour tenter de faire un peu de chiffre et sauver les meubles. Elle a été obligée de revivre le scénario de mars, voyant à nouveau le danger d’une fermeture définitive se profiler : “franchement, j’ai peur. Aujourd’hui je suis extrêmement inquiète de ma situation et de mon avenir, j’ai une fille de 9 ans que j’assume seule, je viens de m’inscrire dans les agences d’Intérim, je n’ai aucun revenu et je dois continuer de payer mes factures, mon loyer. Heureusement, j’ai des propriétaires compréhensifs qui me font un échelonnement, mais pour le reste ? À la sortie du premier confinement, j’ai récupéré une bonne partie de mes clients, qui sont là, me soutiennent, mais j’en ai perdu aussi. Certains ont peur, préfèrent rester chez eux, ce que je comprends…On me parle des aides, mais concrètement, combien ? Quand ? Comment ? Lorane démoralisée nous confie qu’elle aimerait aussi que la municipalité soit davantage attentive et à l’écoute des difficultés de ses commerçants : “je n’ai même pas eu des nouvelles du maire ou de qui que ce soit, pas un mot de soutien…Je trouve que ce comportement n’est pas correct, personne ne nous contacte, on est complètement abandonnés, ce que l’on va devenir n’intéresse personne…Ils oublient un peu vite que les commerces font vivre une ville, s’ils disparaissent, qu’est-ce que cela va devenir Lagnieu ? Je suis à la fois triste et en colère. Cette belle affaire familiale qui pourrait disparaître, cela me fend le cœur…” Afin de montrer sa détresse, Lorane a décidé d’apposer une banderole sur sa vitrine. Elle reste déterminée à ne pas baisser les bras et à se faire entendre, pour dénoncer une situation qu’elle juge profondément injuste. Elle n’a plus rien à perdre : “si je n’ai pas une aide rapide, je suis en faillite”.
Elle a tout de même reçu le soutien de plusieurs commerçants voisins qui ont créé une page Facebook qui résonne comme un ultime cri de ralliement : “Entraide commerçants non essentiels du Bugey et alentours 01”. En attendant, Lorane réfléchi également à l’idée d’une cagnotte en ligne qui pourrait l’aider à ne pas sombrer complètement dans cette période terriblement morose. L’année 2020 aura été sans aucune issue positive possible, une année plus que compliquée pour presque tout le monde…

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