Fermeture définitive du chantier matériel ferroviaire : le symbole d’une activité entre grandeur et décadence…

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Les représentants du personnel se sont entretenus avec leur direction venue annoncer la fermeture définitive de leur unité de travail

Interrompu depuis 2019 en raison de l’exercice d’un droit de retrait lié à la présence d’amiante sur des matériaux, le chantier de réparation de matériel ferroviaire d’Ambérieu-en-Bugey a officiellement fermé ses portes jeudi 22 octobre dernier. Pour la plupart des agents employés sur le site, l’avenir demeure toujours bien flou.

Il ne restera bientôt plus que des souvenirs bien lointains de la célèbre gare de triage d’Ambérieu. C’est déjà une autre époque, et pour les agents qui ont participé à cette belle épopée, le constat est amer.
Jeudi 22 octobre 2020, sur le site SNCF d’Ambérieu, le chantier “matériel fret” a fermé ses portes, laissant 17 agents sur le carreau.
Une situation que dénonce vigoureusement le syndicat CGT des cheminots, évoquant un manque de concertation dramatique et surtout “le non respect des réglementations en vigueur” concernant l’accompagnement des salariés qui se retrouvent aujourd’hui officiellement sans poste.
Pierre Courtois, secrétaire du syndicat CGT cheminots revient sur une chronologie qui ne lui semble pas vraiment anodine. C’est, en effet, le 21 juillet dernier, au beau milieu des congés d’été, lors d’une réunion du Comité Social et Économique (CSE), que l’entreprise a présenté aux élus le projet visant à fermer définitivement le 20 septembre 2020, le site de réparation de wagons. Pour rappel, ce site de maintenance est à l’arrêt depuis de longs mois déjà en raison de la présence révélée d’amiante dans certaines pièces de wagons en 2019. Depuis, un droit de retrait a été déposé pour “danger grave et imminent”.
À la suite du CSE de cet été, les élus ont réclamé une expertise de la situation. Une exigence qui a permis de reporter de quelques semaines la fermeture du chantier, alors reportée au 22 octobre. Une date butoir, qui selon la CGT n’aurait jamais été annoncée aux personnels concernés, les laissant dans une incertitude très préjudiciable.
“La SNCF n’a absolument pas respecté les réglementations en vigueur au sujet de l’accompagnement des 17 agents qui se retrouveraient alors sans poste” estime Pierre Courtois.
Le 14 septembre, le couperet est tombé pour ces agents qui apprenaient que leur poste ne serait maintenu que durant 5 semaines. En fait, pas vraiment une surprise pour eux, qui s’attendaient bien à ce qu’on leur annonce la mauvaise nouvelle.
“Les agents comprennent alors que les petits entretiens qu’ils ont eus avec leur hiérarchie sont en réalité des entretiens exploratoires et des entretiens d’orientation réalisés sans respecter les réglementations, notamment le délai légal entre les deux entretiens”. Le 5 octobre, la CGT a donc déposé un “droit d’alerte” en raison “des risques psycho sociaux engendrés par les annonces chaotiques de fermeture du site”.
“De plus, à cette date, les reclassements ne sont toujours pas budgétisés, il n’y a aucune présence hiérarchique sur le site et les agents n’ont aucun interlocuteur RH pour répondre à leurs interrogations” dénonce la CGT. Parallèlement, l’enquête a donné lieu à un désaccord entre la CGT et la direction SNCF, ce qui a déclenché une commission santé sécurité et conditions de travail (CSSCT) extraordinaire. Aucun accord n’a pu être trouvé, et le dossier a été renvoyé dans les mains de l’Inspection du travail.
Le 12 octobre, les agents n’avaient toujours pas eu d’entretien préalable dans les règles, ni de proposition de poste clairement affichée. À cela il faut ajouter des congés payés non payés pour les agents démissionnaires qui refuseraient certaines propositions de reclassement, alors qu’il est déjà trop tard pour eux pour les poser.
C’est dans ce contexte de plus en plus tendu que les représentants syndicaux ont déposé une demande de “concertation immédiate”. À la suite de cette concertation, deux entités ont été créées pour maintenir 4 postes sur place : 2 pour une structure mobile de réparation ponctuelle de matériel et deux pour récupérer des pièces sur du matériel radié. Mais rien de plus pour tous les autres. À quelques jours de la fermeture définitive du site, il restait ainsi encore 13 agents sans travail. Mardi dernier, à deux jours de la date butoir, la CGT a donc réclamé une nouvelle “concertation immédiate” concernant l’accompagnement des agents.
Finalement, jeudi 22 octobre, David Brainville, directeur du “Techninat Fret”, établissement regroupant tous les ateliers d’entretien wagons de France, est venu à Ambérieu, à la rencontre les représentants du personnel. Ce dernier a affirmé que 11 solutions avaient pu être trouvées pour les 13 agents dans le bassin lyonnais ou ailleurs. La direction annonce également qu’elle laisse aux agents “l’accès au site “mais sans charge de travail tant qu’une solution ne sera pas trouvée pour chacun d’eux. Affaire à suivre donc…
Pour les cheminots, tout ceci a le goût d’un énorme gâchis. L’atelier aurait pu devenir un site “expert amiante” et développer cette activité car il était actif et composé d’hommes expérimentés et compétents. “cette fermeture n’est même pas due au problème de l’amiante découvert dans certaines pièces de wagons, mais plus à suppression massive de postes à la SNCF. D’autres unités de maintenance vont également fermer à Dunkerque et à Saint-Pierre-des-Corps d’ici la fin 2020 et seront suivies par quatre autres centres en 2021” se désole Pierre Courtois.

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