L’ACENAS veut garder des nuits sans vols aériens

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Les nuits ont été particulièrement calmes pendant le confinement

Le confinement a permis aux riverains de l’aéroport Saint-Exupéry des nuits beaucoup plus sereines. L’association demande à ce que ce répit s’inscrive dans la durée, avec l’instauration d’un couvre-feu.

Les oiseaux qui chantent, les nuits paisibles, sur la Côtière, le confinement a pu s’apparenter à une parenthèse enchantée au niveau sonore. Notamment parce que le trafic aérien a été quasiment totalement interrompu. Localement, les riverains des communes telles que Balan, Dagneux, Niévroz, Thil ou Beynost ont apprécié ce ralentissement.
Alors que le trafic tourne encore au ralenti, l’ACENAS (Association Contre l’Extension des Nuisances de l’Aéroport Saint-Exupéry) lance un nouvel appel pour que s’arrêtent les vols de nuit. Le Docteur Francis Huet, membre du bureau de l’Acenas et conseiller santé de l’association, explique les raisons de cette demande et le rôle que joue l’ACENAS. Entretien.

Comment avez-vous vécu le confinement ?
Il y a quelque chose de paradoxal : j’ai pu dormir la fenêtre ouverte et, à cinq heures du matin, j’étais réveillé par les oiseaux. Mais ce n’est pas la même chose que les avions. J’ai eu un sentiment de reconnexion avec la nature qui est agréable. Le problème avec les avions la nuit, c’est l’émergence sur un fond sonore relativement modéré.

Quelles peuvent être les conséquences ?
Il faut savoir que l’oreille ne s’endort jamais, elle entend toujours et transmet au cerveau, même pendant les phases de sommeil. Cela génère du stress, de la fatigue, et, à long terme, des problèmes d’hypertension et, secondairement, des problèmes cardiaques, de diabète… Pour les enfants, cela peut se traduire par une mauvaise qualité de l’attention.

De 17 vols par nuit en 2015 à 33 en 2019

Quelle a été l’évolution des vols de nuit ces dernières années, avant la mise en place du confinement ?
Ils ont énormément évolué. Vinci a mis à disposition des compagnies aériennes plus de disponibilités qu’en offrait l’aéroport avant. C’est pour cela que le nombre de passagers est passé de 7,5 millions il y a 5 ans à plus de 11 millions l’année dernière. Sur les vols de nuit, en 2015, entre 22h30 et 6h, on en comptait 6.330 sur l’année, soit 17,3 par nuit. En 2019, il y en a eu environ 12.100, soit 33 par nuit, dont 25 entre minuit et 6 heures. Notre crainte, c’est que cette progression ne s’arrête pas et que les nuisances s’accroissent dans cette même proportion. Il y a des riverains plus concernés que d’autres, sur la Côtière notamment. Durant le confinement, on a eu quelques vols de soirée, entre 22h30 et minuit, essentiellement pour le transport des masques, c’est resté très limité. L’aéroport va reprendre son activité, probablement que les vols de fret de nuit aussi. C’est aussi pour cela que l’on a lutté contre l’installation d’Amazon, nous avions une crainte de voir augmenter les vols de nuit.

Vous demandez un couvre-feu entre minuit et cinq heures. Existe-t-il dans d’autres aéroports ?
C’est le cas à Orly. Dans d’autres, les vols de nuit sont autorisés avec des restrictions – en terme de bruit – quant aux aéronefs qui ont le droit de voler. On accepte à St-Exupéry des avions qui ne sont pas acceptés à Nice, Toulouse ou Genève. Genève a des restrictions très importantes qui font que certains préfèrent faire atterrir leurs avions à Lyon. Il y a des améliorations de la flotte aérienne avec le temps, on espère que les avions plus récents seront moins bruyants. Nous souhaiterions être alignés sur l’ensemble des aéroports, en tout cas les mieux disant. Compte tenu du nombre de passagers et de fret qui passent par l’aéroport Saint-Exupéry, soit environ 330 avions quotidiens, il doit y avoir de la place pour les 25 vols nocturnes, avec un couvre-feu de minuit à cinq heures, pour préserver le cœur de nuit, l’intérêt économique et l’intérêt des riverains.

Quels rapports entretenez-vous avec l’aéroport ?
L’ACENAS travaille avec l’aéroport depuis la fin des années quatre-vingt-dix, on avait alors obtenu les normes les plus modernes du moment. On ne lutte pas contre l’aéroport, il faut qu’il ait sa place, le problème des vols de nuit est sur la table depuis plusieurs années. Nous sommes rentrés dans une approche équilibrée, pour une baisse du bruit à la source, des procédures sont en train de changer pour prévoir des arrivées et des départs plus fins et limiter le temps d’attente et les nuisances. Les restrictions opérationnelles, dont faire partie la demande de couvre-feu, font l’objet d’une concertation avec la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile), les associations, les élus, toutes les personnes ont été prises en compte.

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