Laurent Cayssials, quand l’appel du large est plus fort

Rencontre

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Marche à pied, vélo, cheval, ski, voile…Laurent Cayssials aime prendre le large. Un véritable globe-trotter qui ne tient pas en place et qui façonne sa vie au gré des voyages et des belles rencontres.

Laurent, vous êtes avant tout un vrai baroudeur à vélo, comment vous est venue cette passion ?
Le vélo a été mon premier moyen d’escapade lorsque j’étais jeune. Arrivé dans la région en 1986, je me suis acheté mon premier VTT en 1993 et j’ai commencé par des parcours dans la plaine de l’Ain. Au début, c’était 11km pour me rendre au travail de temps en temps. Puis au fil du temps, nous nous retrouvions le dimanche entre copains du Sou des écoles de Chazey pour faire des sorties. Un jour, un copain, Rolland, m’a proposé de participer à la Forestière. Je ne m’en croyais pas capable, mais je me suis alors rendu compte qu’en se ménageant, on peut aller très loin et très haut. Nous sommes ensuite partis 15 jours pédaler en Équateur. L’effet de l’altitude (manque d’oxygène) nous a surpris mais nous nous sommes adaptés. Plus tard, je me disais que j’irais bien faire le chemin de Compostelle, quand je serai à la retraite. Patrick, avec qui nous avions partagé plein d’activités m’a conseillé de ne pas attendre et de le faire en vélo. Je me suis donc testé sur le canal du midi en 2012. J’ai adoré ce début d’itinérance. Je suis parti vers St Jacques de Compostelle en 2013. Sur ce chemin, j’ai retrouvé un sens au 3ème mot écrit sur toutes nos mairies : Fraternité. La magie du chemin de St Jacques m’a donné envie d’aller encore plus loin. C’est donc jusqu’à Lisbonne que j’ai prolongé mon parcours. Puis les années suivantes, j’avais besoin d’une “piqûre de rappel” pour retrouver au menu de l’itinérance, de nouvelles rencontres, de nouveaux paysages et toujours une part d’inconnu qui fait le sel de la vie. Alors, toujours en partant de la maison, je suis allé (en boucle) sur le chemin de Stevenson (vers Alès), la grande traversée du Jura (vers Montbéliard), la grande traversée de l’Ardèche (avec kayak pour la descente). L’année dernière, c’est à Rome que je me suis rendu via le chemin de St François d’Assise et la via Francigéna…
Quel fut votre dernier périple ?
Cette année, nous avions réservé, avec ma femme, début août une croisière sur un gréement centenaire : le Lola. Étant disponible à partir du 10 juillet et jusqu’au 5 septembre, je me suis dit : “Et si j’allais retrouver le bateau en vélo !”
Ces longues escapades nécessitent une préparation particulière ?
Sur le plan mental, les précédentes expériences donnent des ailes. Sachant que je faisais plus de 80 kms/ jour de moyenne en prenant en compte les dénivelés, je me suis tracé le parcours avec beaucoup de pistes cyclables. Dans le détail, j’ai rejoint la via Rhôna à Vienne que j’ai gardée jusqu’à Arles puis le canal du midi jusqu’à Béziers. Ensuite, je suis passé par Bédarieux pour faire le “Passa pais” jusqu’à Mazamet. Après, je suis monté dans la montagne noire pour trouver la prise d’Alzeau que M. Riquet avait fait construire pour alimenter le canal du midi. J’ai longé la rigole passant par Revel puis j’ai rejoint le canal direction Toulouse, Bordeaux, Lacanau en longeant le canal des 2 mers. J’ai ensuite pris le bac pour traverser la Gironde vers Royan puis le pont de l’île d’Oléron puis à nouveau un ferry de Boyardville à La Rochelle. Ensuite, j’ai suivi la Vélodyssée jusqu’à Quimper via St Nazaire. J’y ai laissé mon vélo le 31/7 pour entretien le temps de notre croisière. Après mes 2000 premiers kilomètres, ce fut repos pour les fesses et les jambes et mise à l’épreuve des bras pour lever les voiles ! Au retour, j’ai repris mon vélo le 13/8 en direction de Roscoff pour prendre le ferry vers Plymouth. Là, j’ai longé la côte sud par des routes et pistes pour cyclo puis je me suis rendu à Stonehenge. Ensuite, je tenais à passer à Canterbury qui est le départ de la via Francigéna. J’ai repris le ferry à Dover pour Calais puis j’ai quitté la via Francigéna à Reims pour embrayer sur un chemin de St Jacques jusqu’à Troyes, puis le canal de Bourgogne et Saône pour rejoindre la maison le 4 septembre. Sur le plan physique, il n’est pas nécessaire d’avoir une grosse préparation. Il faut apprendre à bien écouter son corps. Vous demandez à celui-ci de passer de la position sédentaire à un régime quotidien de sport. Il est donc normal qu’il se manifeste les premiers jours par des courbatures… Il faut donc être progressif et se soigner par des pauses, une bonne hydratation, une bonne alimentation et de bonnes nuits de repos. Comme je pars seul, le rythme que j’impose à mon corps n’est pas démesuré. Ces voyages itinérants, c’est du concentré de vie avec plein de rencontres, qu’elles soient éphémères ou chargées d’émotion. C’est aussi un rythme de vie qui vous réserve plein de surprises, qu’elles soient bonnes ou moins bonnes. Mais sous l’emprise de l’endorphine due à l’activité physique, on devient philosophe et du coup, on relativise sur les petits ennuis.
Un souvenir qui se détache parmi d’autres ?
Je ne saurais pas classer le meilleur des souvenirs tellement ils sont nombreux et différents. Surtout les rencontres avec Michel et Florent avec qui j’ai roulé, Mickaël, Christian et Gilbert qui m’ont hébergé, Charly, biker allemand rencontré à Bordeaux, Pascale qui m’a amené à manger un dimanche où tout était fermé, sans compter tous ceux dont le prénom me restera inconnu. Rencontres aussi avec la faune : chevreuils, lièvres, rapaces etc.. L’émotion m’a frappée aussi lors de la visite de notre dame de Lorette et des nombreux cimetières qui vous rappellent que la paix s’est payée très chère en 14/18. Les paysages et architectures changeant à travers la France et l’Angleterre, châteaux, cathédrales, écluses etc.. Toutes ces itinérances, je les partage aussi avec l’association Rhône Alpes des Amis de St Jacques. Étant délégué départemental de l’Ain depuis 2014, j’anime une permanence tous les 1ers jeudis du mois à la cure d’Ambérieu pour collecter les témoignages et répondre aux questions des nouveaux souhaitant partir. Ce sont des soirées où l’on se retrouve dans l’ambiance fraternelle du chemin. Car transmettre son expérience, c’est aussi mettre en confiance et aider à mettre “le pied à l’étrier”. Alors si vous aussi vous hésitez pour faire le premier pas vers l’itinérance, venez au moins vous renseigner avant de vous dire que vous n’en aurez pas la force. Chacun fait son chemin à son rythme et apprend par là même à se redécouvrir, bien plus que sur une simple randonnée. 

L. M

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