Des Carpates à Vaux-en-Bugey et un extraordinaire destin

Portrait

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Vauxois depuis 1954, Orest Bilak, est, en réalité, né en 1925 en Ukraine, dans les Carpates, dans la région de Boucovine alors occupée par la Roumanie. C’est un destin tout à fait hors du commun qui a conduit cet homme de l’Ukraine au Bugey.

On pouvait le voir à l’honneur lors des dernières cérémonies commémoratives organisées à Vaux. Orest Bilak est un symbole fort de la résistance.
Lorsque les Allemands sont entrés en Ukraine en juin 1941, les Ukrainiens les ont généralement accueillis avec des fleurs, voyant en eux leurs libérateurs du joug soviétique. Orest Bilak, lui, est alors âgé de seulement 16 ans. Il ment sur son âge et s’engage dans le bataillon ukrainien dit de Boucovine (région des Carpates). Ces Ukrainiens partagent le rêve de construire la nouvelle Ukraine. Ils s’organisent et se rendent à Kiev début octobre 1941. Les Allemands les traitent comme des “untermenschen” (sous hommes) et les envoient début 1942, combattre les partisans bolcheviks dans les marais Bélarus. Puis en août 1944, ils sont envoyés en France. Orest Bilak et ses compatriotes arrivent à Besançon par trains le 19 août 1944, et sont casernés au Valdahon. Mais ils refusent de se battre contre les Français. Ils estiment que comme eux ont pu le faire, ils luttent pour leur liberté.
Tout va basculer dans la nuit du 26 au 27 août 1942. Ils se rebellent et éliminent leur encadrement allemand. Ce sont ainsi presque 500 Ukrainiens, en uniforme allemand, qui passent du côté de la Force Française de l’Intérieur (FFI), avec mitraillettes, fusils, mitrailleuses, munitions, canons et plus de 70 chevaux !
Sous les ordres du colonel Lagarde et plus tard du colonel Victor Petit, ils participeront à la libération de Pontarlier, de villages du haut Doubs, profitant à chaque fois de l’effet de surprise du fait de leur uniforme identique à celui de la force d’occupation.
Sept d’entre eux reposent au cimetière de Vercel (Doubs), d’autres s’engageront ensuite dans la légion étrangère. Orest Bilak, lui, sera blessé en Allemagne un mois avant la fin de la guerre. Il quitte la légion en 1946 et s’établit à Lyon où il retrouve par hasard une amie d’enfance (née en 1925 également). Ils étaient voisins avant la guerre. Elle sera son épouse.
Il devient tailleur coupeur et en 1954, s’installe avec sa femme à Vaux-en-Bugey. Il aura l’occasion de faire les costumes des pompiers vauxois dans les années 70. Cet endroit, la vallée, les montagnes leur rappellent un peu les Carpates d’où ils sont originaires.
Orest Bilak a été honoré de nombreuses fois pour ses actes : il est ainsi chevalier de la légion d’honneur, il a reçu la médaille de reconnaissance de la Nation, la croix de guerre avec palme, la croix du Combattant. Soucieux de perpétuer le devoir de mémoire, il a écrit ses souvenirs qui devraient bientôt paraître sur internet.

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