Après de nouvelles attaques d’ovins, le retour du loup dans le Bugey semble bien se confirmer

Faune sauvage

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Le sujet est bouillant mais on ne pourra sans doute pas l’éviter éternellement dans le département de l’Ain. Petit à petit le loup étend ses zones de colonisation, et ici comme ailleurs, la cohabitation avec les éleveurs s’annonce compliquée. De nouvelles attaques contre un troupeau d’ovins viennent de confirmer sa présence dans le Bugey et le préfet a activé une cellule de veille

Depuis 2003, et les attaques répétées d’un loup contre des troupeaux d’ovins dans le Bugey, on sait que la colonisation du département de l’Ain par le loup n’est probablement qu’une question de temps. Plus ou moins régulièrement, des témoignages semblent accréditer la thèse d’individus isolés qui pourraient, à défaut de s’y installer, au moins traverser notre territoire. En mai 2009, un loup avait été percuté par un véhicule à Péron, dans le haut Bugey. Plus près de nous, l’an dernier, “Canis lupus lupus” avait été photographié et formellement identifié à la frontière de l’Ain et du Jura. Des indices ont laissé supposer qu’il aurait pu également transiter par les hauteurs de la vallée de l’Albarine, sur les plateaux entre Bugey et Rhône et même à proximité de Lagnieu. Rien de formel, ou en tout cas rien qui n’a jamais été officialisé par les services de l’État, mais une accumulation de petits signes qui laissaient de moins en moins de place au doute. Il manquait cependant des éléments véritablement tangibles. De part son mode alimentaire, un loup sédentaire qui s’attribue un territoire, passe rarement inaperçu. Les éleveurs d’ovins en savent malheureusement quelque chose. Pourtant, il y a une quinzaine de jours, c’est un éleveur de bovins qui a sonné le tocsin. À la Burbanche, sur les hauteurs de la RD1504, un de ses veaux avait été victime d’une prédation tout à fait inhabituelle. Photos du loup à l’appui, l’éleveur a aussitôt alerté les autorités. L’Office national de la chasse a déployé un dispositif et l’ADN du prédateur a pu être prélevé. Visuellement il s’agissait bien d’un loup. Les analyses génétiques viennent de le confirmer.
Puis mercredi 29 juin, à quelques kilomètres de là, sur le territoire communal de Lompnas, c’est cette fois-ci l’élevage ovin de la famille Joux qui a été le théâtre de nouvelles attaques. Des attaques qui n’ont quasiment pas cessé de se répéter jusqu’au lundi 3 juin : “il y a eu des attaques toutes les nuits, mais il nous a fallu deux ou trois jours pour être certains qu’il s’agissait bien d’un loup. Les gardes fédéraux sont venus, ils ont placé des caméras infrarouges. Il n’y avait alors plus aucun doute” explique Michel Joux, éleveur et président de la Chambre d’agriculture de l’Ain. Il a aussitôt mis en place avec ses deux fils une surveillance quasi continue du troupeau visé “13 agneaux ont tout de même été tués. Nous avons quand même eu la chance que ce groupe de brebis ne soit pas trop éloigné de nos bâtiments, ce qui nous a permis de les mettre à l’abri la nuit” continue l’éleveur, dont le Gaec compte près de 1300 brebis réparties par troupeaux de 50 à 300 têtes. Des expertises complémentaires, notamment analyses ADN, ont également été prescrites. Face à ces nouveaux éléments, la préfecture vient d’activer une cellule de veille. Elle s’est réunie pour la première fois ce mercredi 12 juin. Dès à présent, le préfet a pris un arrêté autorisant les lieutenants de louveterie à mettre en œuvre, lorsque cela est nécessaire, des opérations d’effarouchement en vue de prévenir les tentatives de prédation du loup sur les troupeaux.
Le sujet est évidemment sensible. Le retour du loup dans l’Ain en 2003, avait suscité de sérieuses polémiques, et on a quasiment la certitude aujourd’hui que l’animal avait été éliminé de façon tout à fait illégale. S’il s’agit bien évidemment de rester attentif à la progression de l’implantation du grand canidé dans le département, les éleveurs d’ovins, eux, ne cachent pas leur inquiétude et attendent des mesures très concrètes, estime Michel Joux : “l’indemnisation est une chose, mais cela ne peut être une fin en soi. S’il doit s’avérer que le loup veut s’établir dans l’Ain, il faudra nous donner les moyens d’une protection efficace. Et si nous devons faire face à des situations telles que celle que nous venons de vivre à Lompnaz, il nous faudra peut-être une autorisation de défense”

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