Le carnage continue sur la basse rivière d’Ain

Gestion des ouvrages hydroélectriques

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Nouvelle désillusion pour les associations de pêche de la basse rivière d’Ain. Alors que les truitelles de l’année ne mesurent que quelques centimètres et que la période de fraie se poursuit pour les ombres, EDF vient d’effectuer une opération de « marnage » depuis ses ouvrages hydroélectriques, avec des conséquences désastreuses sur la faune aquatique…

On ne décolère plus au sein de l’association agréée des Pêcheurs à la ligne de l’Ain. Tous les ans, à la même période, c’est le même scénario. EDF coupe brutalement le débit de ses infrastructures hydroélectriques en amont, ce qui a pour conséquence d’assécher très rapidement les rives du cours d’eau. Des millions de poissons et d’invertébrés qui participent à l’équilibre de l’écosystème aquatique sont alors subitement piégés et condamnés. La période est d’autant plus sensible qu’elle coïncide avec la saison de fraie des ombres, et à l’éclosion des millions de truitelles destinées à assurer la descendance de l’espèce sur la rivière, mais aussi des perches, chabots, loches et une multitude de petits poissons dits de fourrage qui ont évidemment un rôle essentiel au sein de cette chaîne alimentaire. En 2017, puis en 2018, des opérations de marnage du même type menées par EDF à cette même période de l’année, avaient causé des pertes énormes. Les pêcheurs des différentes AAPPMA de la basse rivière d’Ain ont porté l’affaire devant la justice, sans grand espoir de réparation mais au moins pour contraindre le gestionnaire hydroélectrique à prendre en considération l’aspect écologique, au-delà des seuls intérêts économiques ou techniques. Samedi 23 mars, EDF effectuait un test dit de « débit plancher » de printemps, avec un abaissement du débit d’eau de 100m3/sec à 28m3/sec. Cette opération devait théoriquement faire l’objet d’un contrôle des flux d’eau (tests de gradients) afin d’éviter que ne se reproduisent les catastrophes écologiques des années précédentes. Pourtant, samedi en début d’après-midi, les pêcheurs ne pouvaient que constater les dégâts en cette période très sensible de l’année pour la population piscicole. Devant l’ampleur du phénomène, une nouvelle plainte devrait suivre. Une de plus pourrait-on dire, puisque ce mois-ci déjà, le 4 mars, les AAPPMA de la basse rivière d’Ain ont décidé d’engager un recours en justice contre EDF, pour non respect du droit d’eau en sortie du barrage d’Allement.
Pour Alexandre Guinot, président des Pêcheurs à la ligne de l’Ain, c’est évidemment un nouveau coup dur pour la rivière d’Ain, et EDF n’en porte pas seul la responsabilité : “la baisse a certes été un petit peu plus lente que d’habitude, mais le constat est le même. Les mesures mises en œuvre sont très insuffisantes. Les gradients testés et initialement validés par des techniciens, ne correspondent pas à la réalité de cette rivière. Les mêmes avaient été testés l’an dernier. Clairement, c’est aussi la DREAL (ndlr : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et donc l’État qui devrait prendre ses responsabilités sur ce dossier et insuffler aujourd’hui de nouvelles mesures”.
Pour les responsables des associations de pêche locales, les solutions existent pourtant et seraient mêmes possibles à mettre en œuvre très rapidement. La Dordogne, autrefois confrontée aux mêmes problématiques, bénéficie aujourd’hui de débits parfaitement contrôlés par EDF. Des régulations qui ont fait l’objet d’une convention et que beaucoup, ici, souhaiteraient simplement voir transposées à la basse rivière d’Ain.

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